26 Juin, 2008
26 juin- Sts Jean et Paul
" Ils étaient frères déjà et par le sang et par la naissance ; une même foi, une même mort, voilà ce qui a mis le dernier sceau à cette fraternité."
M. l'abbé C. Martin.

Bréviaire franciscain. XVe.
Parmi les sanctuaires nombreux qui décorent la capitale de l'univers chrétien, l'Eglise des Saints-Jean-et-Paul est restée, depuis sa lointaine origine, un des centres principaux de la piété romaine. Du sommet du Cœlius elle domine le Colisée. On a retrouvé dans ses substructions les restes primitifs de la maison même qu'habitaient nos deux saints. Derniers des martyrs, ils achevèrent la couronne glorieuse offerte au Christ par cette Rome qu'il avait choisie pour siège de sa puissance. La lutte où leur sang fut versé consomma le triomphe dont l'heure avait sonné sous Constantin, mais qu'un retour offensif de l'enfer semblait compromettre.
Aucune attaque ne fut plus odieuse à l'Eglise, que celle du César apostat qu'elle avait nourri. Néron et Dioclétien, violemment et dans toute la franchise de leur haine, avaient déclaré au Dieu fait homme la guerre du glaive et des supplices ; et, sans récrimination, les chrétiens étaient morts par milliers, sachant que le témoignage ainsi réclamé d'eux était dans l'ordre, non moins que ne l'avait été, devant Ponce Pilate et sur la croix, celui de leur Chef (I Tim. VI, 13.).
Avec l'astucieuse habileté des traîtres et le dédain affecté du faux philosophe, Julien se promit d'étouffer le christianisme dans les réseaux d'une oppression savamment progressive, et respectueuse du sang humain : écarter les chrétiens des charges publiques, les renvoyer des chaires où ils enseignaient la jeunesse, c'était tout ce que prétendait l'apostat. Mais le sang qu'il eût voulu éviter de répandre, devait couler quand même sur ses mains hypocrites ; car l'effusion du sang peut seule, selon le plan divin, dénouer les situations extrêmes, et jamais plus grand péril n'avait menacé l'Eglise : elle qu'on avait vue garder sa royale liberté devant les bourreaux, on la voulait esclave, en attendant qu'elle disparût d'elle-même dans l'impuissance et l'avilissement.
Aussi les évêques d'alors trouvèrent-ils à l'adresse de l'apostat, dans leur âme indignée, des accents que leurs prédécesseurs avaient épargnés aux princes dont la violence avait inondé de sang chrétien tout l'empire. On rendit au tyran mépris pour mépris ; et le dédain, dont les témoignages arrivaient de toutes parts au fat couronné, finit par lui arracher son masque de fausse modération : Julien n'était plus qu'un vulgaire persécuteur, le sang coulait, l'Eglise était sauvée.
Ainsi nous est expliquée la reconnaissance que cette noble Epouse du Fils de Dieu n'a point cessé de manifester, depuis lors, aux glorieux martyrs que nous célébrons : parmi les chrétiens généreux dont l'indignation amena le dénouement de la terrible crise, il n'en est point de plus illustres. Julien eût été fier de les compter parmi ses familiers ; il les sollicitait dans ce sens, nous dit la Légende, et on ne voit pas qu'il y mît pour condition de renoncer à Jésus-Christ. N'auraient-ils donc pu, dira-t-on, se rendre au désir impérial, sans blesser leur conscience ? Trop de raideur devait fatalement indisposer le prince ; tandis que l'écouter, c'était l'adoucir, l'amener, peut-être, à relâcher quelque chose de ces malheureuses entraves administratives que son gouvernement prévenu imposait à l'Eglise. Et, qui sait ? la conversion possible de cette âme, le retour de tant d'égarés qui l'avaient suivie dans sa chute, tout cela ne méritait-il pas, tout cela n'imposait-il. pas quelque ménagement ?

Saint Jean et saint Paul avec Constance, fille de Constantin. Legenda aurea. Bx J. de Voragine. R. de Montbaston. XIVe.
Eh ! oui : ce raisonnement eût paru à plusieurs d'une sage politique ; cette préoccupation du salut de l'apostat n'eût rien eu, sans doute, que d'inspiré par le zèle de l'Eglise et des âmes ; et, véritablement, le casuiste le plus outré n'aurait pu faire un crime à Jean et à Paul, d'habiter une cour où l'on ne leur demandait rien de contraire aux préceptes divins. Telle ne fut point pourtant la résolution des deux frères ; à la voie des ménagements, ils préférèrent celle de la franche expression de leurs sentiments qui mit en fureur le tyran et causa leur mort. L'Eglise jugea qu'ils n'avaient point tort; et il est, en conséquence, peu probable que la première de ces voies les eût conduits au même degré de sainteté devant Dieu.
Les noms de Jean et de Paul, inscrits au diptyque sacré, montrent bien leur crédit près de la grande Victime, qui ne s'offre jamais au Dieu trois fois Saint sans associer leur souvenir à celui de son immolation. L'enthousiasme excité par la noble attitude des deux vaillants témoins du Seigneur, a prolongé jusqu'à nous ses échos dans les Antiennes et Répons propres à la fête.
Autrefois précédée d'une Vigile avec jeûne, cette fête remonte au lendemain même du martyre des deux frères, ainsi que le sanctuaire qui s'éleva sur leur tombe. Par un privilège unique, exalté au Sacramentaire Léonien, tandis que les autres martyrs dormaient leur sommeil en dehors des murs de la ville sainte, Jean et Paul reposaient dans Rome même, dont la conquête définitive était acquise au Dieu des armées grâce à leurs combats. Un an jour pour jour après leur trépas victorieux (26 juin 363), Julien mourait, lançant au ciel son cri de rage :
" Tu as vaincu, Galiléen !"
De la cité reine de l'univers, leur renommée, passant les monts, brilla aussitôt d'un éclat presque égal en notre terre des Gaules. Au retour des luttes que lui aussi avait soutenues pour la divinité du Fils de Dieu, Hilaire de Poitiers propagea leur culte. A peine cinq années s'étaient écoulées depuis leur martyre, que le grand évêque s'en allait au Seigneur ; mais il avait eu le temps de consacrer sous leur nom l'église où ses mains pieuses avaient déposé la douce Abra et celle qu'elle avait eue pour mère, en attendant que lui-même vînt, entre elles deux, attendre la résurrection.
C'est de cette Eglise des Saints-Jean-et-Paul, devenue bientôt après Saint-Hilaire-le-Grand, que Clovis, à la veille de la bataille de Vouillé, vit sortir et se diriger vers lui la mystérieuse lumière, présage du triomphe qui devait chasser l'arianisme des Gaules et fonder l'unité monarchique. Les saints martyrs continuèrent de montrer, dans la suite, l'intérêt qu'ils prenaient à l'avancement du royaume de Dieu par les Francs ; lorsque l'issue de la seconde croisade abreuvait d'amertume saint Bernard qui l'avait prêchée, ils apparurent ici-bas pour relever son courage, et lui manifester par quels secrets le Roi des cieux avait tiré sa gloire d'événements où les hommes ne voyaient que désastres et fautes (Bern. Ep. 386, al. 333, Joannis Casae-Marii ad Bern.).

Missel romain. XIVe.
Jean et Paul étaient deux frères de haute famille ; ils demeuraient à Rome et remplissaient des emplois fort honorables dans la maison princière de Constance, fille de Constantin. Ils se faisaient remarquer par leurs oeuvres de piété et par une grande charité envers les pauvres.
Quand Julien l'Apostat fut monté sur le trône, ils renoncèrent à toutes leurs charges et se retirèrent dans leur maison du mont Coelius, dont on a retrouvé récemment des parties fort intéressantes et bien conservées, sous l'antique église construite en leur honneur et administrée encore aujourd'hui par les pseudo-Passionistes.
Julien n'était pas moins altéré de l'or que du sang des chrétiens, il résolut de s'emparer des biens des deux frères, qui avaient méprisé de le servir. Il leur fit demander de venir à sa cour, comme du temps de Constantin et de ses fils ; mais ils refusèrent de communiquer avec un apostat. Dix jours de réflexion leur sont accordés ; ils en profitent pour se préparer au martyre par les oeuvres de charité.
Ils vendent tout ce qu'ils peuvent de leurs propriétés, et distribuent aux pauvres argent, vêtements, meubles précieux, plutôt que de voir tous ces biens tomber entre les mains d'un homme aussi cupide qu'impie ; ils passent ensuite le reste de leur temps à prier et à fortifier les fidèles dans la résolution de mourir pour Jésus-Christ plutôt que d'abandonner la religion.
Le dixième jour, l'envoyé de l'empereur les trouve en prière et disposés à tout souffrir pour leur foi :
" Adorez Jupiter !", leur dit-il en leur présentant une petite idole de cette divinité.
" A Dieu ne plaise, répondent-ils, que nous adorions un démon ! Que Julien nous commande des choses utiles au bien de l'État et de sa personne : c'est son droit ; mais qu'il nous commande d'adorer les simulacres d'hommes vicieux et impurs, cela dépasse son pouvoir. Nous le reconnaissons pour notre empereur, mais nous n'avons point d'autre Dieu que le Père, le Fils et le Saint-Esprit, qui sont un seul Dieu en trois personnes."
Le messager, voyant qu'il ne pourrait ébranler leur courage invincible, ordonna de creuser une fosse dans leur jardin ; il les fit décapiter pendant la nuit dans leur propre maison, et ensuite enterrer secrètement.

Décollation de saint Jean et saint Paul par Julien l'Apostat. Livre d'Images de Madame Marie. Hainuat. XIIIe.
L'empereur, craignant que cette exécution ne soulevât la réprobation de Rome, répandit le bruit qu'il les avait envoyés en exil ; mais les démons publièrent leur mort et leur triomphe, et l'exécuteur des ordres de Julien, après avoir vu son fils délivré du démon par l'intercession des martyrs, se convertit avec sa famille.
25 Juin, 2008
25 juin- St Guillaume
" La solitude embellie par les vertus de l'homme juste est plus belle que la ville la plus magnifique, plus belle que l'univers entier."
Saint Jean Chrysostome. Hom. XXXIII sup Gen.

San Guillaume en oraison. Manuscrit napolitain du XVe.
Ce n'est pas seulement dans la gloire incomparable du martyre, que l'Emmanuel fait éclater la puissance de sa grâce et la force victorieuse des exemples laissés par son Précurseur au monde. Voici que s'offre tout d'abord à nos hommages, un de ces innombrables athlètes de la pénitence qui suivirent Jean au désert ; fuyant comme lui, dès le plus jeune âge, une société où leur âme pressent qu'elle ne trouverait que froissements et périls, consacrant leur vie au triomphe complet du Christ en eux sur la triple concupiscence, ils rendent témoignage au Seigneur par des œuvres que la terre ignore, mais qui réjouissent les anges et font trembler l'enfer. Guillaume fut un des chefs de cette milice sainte. L'Ordre du Mont-Vierge, qui lui doit l'existence, a bien mérité de l'institut monastique et de l'Eglise, en ces régions de l'Italie méridionale où Dieu voulut, à diverses reprises, opposer comme une digue à l'entraînement des sens le spectacle des plus austères vertus.
Personnellement et par ses disciples, Guillaume eut pour mission d'infuser au royaume de Sicile, qui se fondait alors, l'élément de la sainteté que tout peuple chrétien réclame à sa base. Au Midi comme au Nord de l'Europe, la race normande venait d'être providentiellement appelée à promouvoir le règne de Jésus-Christ. C'était le moment où Byzance, impuissante à protéger ses dernières possessions d'Occident contre l'invasion sarrasine, n'en prétendait pas moins garder les églises de ces contrées dans les liens du schisme, où l'avait récemment engagée l'intrigante ambition de Michel Cérulaire. Le Croissant s'était vu contraint de reculer devant les fils de Tancrède de Hauteville ; et la perfidie grecque fut déjouée à son tour parla rude simplicité de ces hommes, qui apprirent vite à n'opposer d'autre argument que celui de leur épée aux fourberies byzantines. La papauté, un instant hésitante, comprit bientôt également de quel secours lui seraient les nouveaux venus, dans les querelles féodales qui s'agitaient depuis deux siècles autour d'elle, et préparaient la longue lutte du sacerdoce et de l'empire.

C'était l'Esprit-Saint qui, comme toujours depuis les temps de la Pentecôte, dirigeait ici les événements au plus grand bien de l'Eglise. Il inspirait aux Normands d'établir leurs conquêtes sur la fermeté de la Pierre apostolique, en se reconnaissant les feudataires du Saint-Siège. Mais en même temps, pour récompenser la fidélité de ce début, pour les rendre aussi plus dignes de la mission qui eût continué de faire leur honneur et leur force, s'ils eussent continué de la comprendre, il leur donnait des saints. Roger Ier avait vu saint Bruno intercéder pour son peuple dans les solitudes de Calabre, et le sauver miraculeusement lui-même des embûches dressées par la trahison; Roger II eut pour le ramener dans les sentiers de la justice, dont il s'écartait trop souvent, l'exemple et les exhortations du fondateur du Mont-Vierge.

Saint Guillaume de Verceil en oraison. Gravure du XVIe.
Guillaume naquit de parents nobles, à Verceil en Piémont. A peine avait-il achevé sa quatorzième année, qu'embrasé des ardeurs d une merveilleuse piété, il entreprit le pèlerinage de Compostelle au célèbre temple de saint Jacques. Vêtu d'une seule tunique, ceint d'un double cercle de fer, nu-pieds, en butte aux rigueurs du froid et de la chaleur, de la faim et de la soif, il accomplit sa route en grand danger de la vie. De retour en Italie, il médite un nouveau pèlerinage au saint tombeau du Seigneur ; mais diverses sortes d'obstacles très graves s'opposent à son projet.
La divine Providence tournait à des desseins plus hauts et plus parfaits les religieux penchants du jeune homme. C'est alors qu'il passa deux ans au mont Solicchio, priant sans interruption, jeûnant, veillant, couchant sur la dure, soutenu du seul secours divin.
Ayant rendu la vue à un aveugle, le bruit du miracle se répandit, et Guillaume, qui ne pouvait plus rester caché, songea de nouveau à se rendre à Jérusalem. Plein d'ardeur, il se mit en route.
Mais Dieu, qui voulait de lui une vie plus utile et plus fructueuse pour l'Italie et d'autres contrées, lui apparut et l'avertit de renoncer à sa résolution. Gagnant donc le mont Virgilien, appelé depuis Mont-Vierge, il bâtit avec une rapidité étonnante un monastère au sommet, en dépit des difficultés que présente ce lieu inaccessible. Des compagnons, touchés de la grâce, s'adjoignent à lui, voulant vivre conformément aux préceptes et aux conseils de l'Evangile. Des règles empruntées en grande partie à saint Benoit, et, d'autre part, la parole de Guillaume et l'exemple de sa vie très sainte les aident admirablement à atteindre ce but.

Saint Guillaume de Verceil dirigeant les travaux du monastère du Monte-Vergine. Gravure du XVIIIe.
D'autres monastères s'élevèrent dans la suite ; de jour en jour, éclatait davantage la sainteté du fondateur ; de toutes parts on venait à lui, attiré par le parfum de cette sainteté et la renommée de ses miracles. Car, à son intercession, les muets recouvraient la parole, les sourds l'ouïe ; la vigueur était rendue aux membres desséchés, la santé à tous ceux qu'affligeaient les plus diverses et les plus irrémédiables maladies.
Il changea l'eau en vin, et accomplit une multitude d'autres merveilles, entre lesquelles il faut citer la suivante : une femme perdue ayant été envoyée pour éprouver sa chasteté, il se roula sur des charbons ardents étendus à terre sans en éprouver aucun mal.
Roger, roi de Naples, ayant eu connaissance de ce fait, conçut une vénération profonde pour l'homme de Dieu. Il prédit au roi et à d'autres le temps de sa mort, et, illustre par ses vertus et miracles sans nombre, il s'endormit enfin dans le Seigneur, l'an du salut mil cent quarante-deux.

Le monastère de Monte-Vergine aujourd'hui.
A la suite de Jean vous comprîtes les attraits du désert, Ô Guillaume, et Dieu voulut montrer par vous l'utilité que renferment ces existences qui, dans leur fuite du monde, semblent se désintéresser des affaires humaines. Le détachement complet des sens, dégageant l'âme, la rapproche du souverain Etre ; la solitude, éteignant les bruits de la terre, permet d'entendre la voix du Créateur. L'homme alors, éclairé par l'Auteur même du monde sur les grands intérêts mis en jeu dans son œuvre, devient en ses mains un instrument aussi puissant que docile pour la poursuite de ces intérêts, qui ne sont autres que ceux de la créature elle-même et des nations. Ainsi devîntes-vous, illustre Saint, le boulevard d'un grand peuple qui trouva dans votre parole la règle du droit, dans vos exemples le stimulant des vertus les plus hautes, dans la surabondance de votre pénitence une compensation devant Dieu aux écarts de ses princes. Pour ce peuple nouveau, en qui le succès de ses armes excitait la violence et la fougue de toutes les passions, les miracles sans nombre qui accompagnaient vos exhortations avaient, eux aussi, leur éloquence : témoin ce loup qui, après avoir dévoré l'âne du monastère, fut condamné à le remplacer dans son humble service ; témoin la malheureuse qui, au jour où sur un lit de charbons ardents vous parûtes inaccessible à l'action de la flamme, renonça à sa vie criminelle et fut conduite par vous jusqu'à la sainteté.

Madonna del Monte-Vergine. Eglise Saint-Antoine. Conca dei Marini. Royaume. Près Naples.
Bien des révolutions sont venues depuis lors montrer en cette contrée, dans laquelle vous aviez souffert et prié, l'instabilité des royaumes et des dynasties qui ne cherchent pas avant tout le royaume de Dieu et sa justice. Malgré l'oubli où trop souvent, depuis que vous avez quitté la terre, ont été mis vos enseignements et vos exemples, protégez le pays où Dieu vous accorda des grâces si grandes, et qu'il daigna confier à votre intercession puissante. La foi reste vive en ces peuples : conservez-la, malgré les efforts de l'ennemi contre elle en nos jours ; faites-lui produire ses fruits dans le champ des vertus. A travers bien des épreuves, votre descendance monastique a pu, jusqu'en notre siècle de persécution, se propager et servir l'Eglise : obtenez qu'avec toutes les autres familles religieuses, elle se montre jusqu'au bout plus forte que la tempête. Notre-Dame, dont vous avez bien mérité, se tient prête à seconder vos efforts : du sanctuaire dont le nom a prévalu sur les souvenirs du poète qui, sans le savoir, avait chanté ses grandeurs (Virg. Egl. IV.), puisse-t-elle sourire toujours aux foules qui chaque année gravissent la sainte montagne, célébrant le triomphe de sa virginité ; puisse-t-elle, à nous qui ne pouvons que de cœur accomplir le sacré pèlerinage, tenir compte du désir et de l'hommage que nous lui présentons par vos mains !
21 Juin, 2008
22 juin- suite

Saint Paulin de Nôle. Père Pierre Lacour. XIXe.
Saint Ambroise n'en parlait aussi que comme d'un prodige ; et, dans l'épître à Saban, il ne peut assez relever sa générosité d'avoir quitté ce que le monde a de plus éclatant pour embrasser l'abjection et la pauvreté de la vie religieuse. Saint Jérôme lui écrivit de Bethléem et le dissuada du voyage de Jérusalem, où notre Saint avait dessein de se retirer pour une plus grande perfection, lui représentant que son désert de la Campanie était beaucoup plus tranquille et plus propre aux exercices de la vie monastique, que cette ville, qui était alors pleine de trouble et de confusion.
Il lui prescrivit en même temps quelques règles de la vie solitaire qu'il avait embrassée, et lui témoigna qu'il ne pouvait assez louer sa résolution, d'autant plus recommandable, que ce qu'il avait abandonné pour Dieu avait plus de charmes pour l'arrèter dans le siècle. Dans une autre épître, adressée à Julien, il l'appelle un prêtre d'une foi très-fervente, et dit que, s'il avait quitté des richesses temporelles, il en était devenu plus riche par l'heureuse possession de Jésus-Christ, et que, s'il avait renoncé aux premiers honneurs de l'empire, la vie humble et abjecte à laquelle il s'était consacré l'avait rendu incomparablement plus glorieux qu'il n'était auparavant, puisque ce que l'on perd pour Jésus-Christ ne se perd point, mais se change en quelque chose de meilleur et de plus utile. Saint Augustin et saint Alipius liérent aussi une étroite amitié avec notre Saint, et se firent gloire d'avoir un fréquent commerce de lettres avec lui.
Le premier, lui adressant un jour un de ses disciples, lui mande qu'il l'envoie à son école, parce qu'il est sûr qu'il profitera beaucoup plus par son exemple, qu'il ne pouvait profiter de toutes les remontrances et de toutes les exhortations qu'il lui faisait ; et, écrivant à Décentius, il lui conseilla d'aller voir Paulin, parce qu'il trouverait en sa personne la modestie d'un véritable disciple de Jésus-Christ. Il y eut même une illustre compagnie d'évêques d'Afrique, qui, remplis d'une haute idée de sa sainteté, lui envoyèrent des députés avec une lettre, pour lui témoigner l'estime et la vénération qu'ils avaient pour son mérite. Le pape saint Anastase, qui succéda à Sirice, conçut aussi les mêmes sentiments pour lui ; car, à peine fut-il élevé au souverain pontificat, qu'il écrivit en sa faveur à tous les évêques de Campanie, leur témoignant l'amour qu'il avait pour ce saint prêtre. Et, une fois que notre Saint vint à Rome, pour assister à la solennité de la fête de saint Pierre, il l'y reçut avec de grandes démonstrations de bienveillance et d'honneur ; depuis, il l'invita à l'anniversaire de son couronnement : invitation que les papes ne faisaient ordinairement qu'aux évêques.
Enfin, saint Paulin était si célèbre par toute l'Europe, qu'on le proposait continuellement pour exemple à ceux qu'on voulait détromper de l'estime des biens de la terre et attirer au service de Jésus-Christ, comme fit saint Eucher dans son épître à Valérien. Ainsi, sa conduite fut d'une grande utilité pour toute l'Eglise, et elle servit non-seulement à la conversion d'une infinité de pécheurs, mais aussi à mettre en honneur la vie monastique et à la faire embrasser, par un grand nombre de personnes de toutes sortes de conditions.

Saint Paulin de Nole exorcisant un possédé. Bréviaire romain. XVe.
Au reste, c'est une chose merveilleuse que la modestie et l'humilité avec lesquelles il recevait toutes ces louanges. Il ne manquait jamais, dans ses réponses, d'en témoigner son mécontentement, parce qu'il ne voyait rien en lui que de méprisable, et qu'il ne souhaitait aussi que du mépris. Sulpice Sévère l'ayant prié de lui envoyer son portrait, il ne fit point difficulté de traiter cette demande de folie, et lui répondit qu'il ne pouvait pas la lui accorder, parce qu' il ne portait plus l'image de Dieu dans sa pureté, l'ayant, disait-il, souillée par la corruption de l'homme terrestre.
Cependant, ayant appris que, malgré ce refus, ce fidèle ami l'avait fait peindre dans un baptistère, à l'opposite de saint Martin, il lui en exprima sa douleur, et tourna cette action à son propre désavantage, disant que cela s'était fait par une conduite particulière de la divine Providence, afin que les nouveaux baptisés eussent devant les yeux, en sortant des fonts baptismaux, d'un côté celui qu'ils devaient imiter en la personne de saint Martin, et de l'autre, celui dont ils devaient fuir l'exemple, en la personne du pécheur Paulin.
Comme ce n'est pas assez d'entrer dans la voie de la perfection, si l'on n'y persévère avec constance, notre Saint persévéra toute sa vie dans l'amour de la pauvreté et de la mortification. Il avait changé sa vaisselle d'argent en vaisselle de bois et de terre, et jamais il n'en voulut avoir d'autre. Sa table était si frugale, que les religieux les plus austères avaient de la peine à en supporter la rigueur. La viande et le poisson en étaient bannis, et l'on n'y servait point d'autres mets que des herbes et des légumes. Ayant tout donné, il était lui-même dans la disette ; et cette nécessité lui attira une des plus rudes humiliations dont un homme de son rang soit capable ; ceux qui l'avaient autrefois honoré pour ses grands biens et pour les avantages qu'ils espéraient de sa libéralité, et les esclaves mêmes qu'il avait affranchis, l'abandonnèrent et le traitèrent quelquefois avec mépris.
Cependant il croyait toujours n'avoir rien souffert pour Dieu :
" Ô misérables que nous sommes ! disait-il, nous pensons avoir donné quelque chose à Dieu, nous nous trompons, nous trafiquons seulement avec lui, nous avons peu quitté pour avoir beaucoup, nons avons abandonné les choses de la terre qui ne sont rien, pour acquérir les biens du Ciel qui sont solides, permanents et véritables. Ô ! que nous avons les choses à bon marché ! Dieu nous a rachetés bien plus cher : il nous a donné son sang et sa vie, dont le prix est infini, pour acquérir de misérables esclaves !"
Etant dans ces sentiments, il ne s'arrêtait jamais dans le chemin de la perfection ; mais il s'y avançait à tous moments par la pratique de toutes les vertus, tant intérieures qu'extérieures.
Nous avons déjà remarqué que saint Jérôme l'appelle, dans une de ses épîtres, " un prêtre d'une foi trés-fervente " ; mais cette foi éclata principalement lorsque les Goths eurent pris Nole, et lui eurent enlevé à lui-même tout ce qu'il avait dans sa maison pour sa subsistance.
Saint Augustin, au premier livre de la Cité de Dieu, chapitre X, rapporte que ces barbares s'étant alors saisis de sa personne, et voulant le tourmenter pour l'obliger dedéclarer où était son trésor, il disait à Dieu, dans le secret de son coeur :
" Seigneur, ne souffrez pas que je sois tourmenté pour de l'or ou de l'argent ; car vous savez où sont tous mes biens."

Saint Paulin échangé contre un esclave. Vies de saints. R. de Montbaston. XIVe.
Cette prière, animée d'une foi vive et d'une parfaite confiance en la bonté divine, fut si efficace, qu'on ne lui fit aucun mal, et qu'il ne fut point non plus emmené en captivité. Cependant, sa nécessité devint si grande, qu'à peine avait-il du pain pour se nourrir, parce que, les Goths ayant tout enlevé, il n'était rien resté dans Nole pour la subsistance de ceux qu'ils y avaient laissés.
Mais dans une si grande misère, il ne pouvait manger un morceau de pain sans en faire part à ceux qu'il voyait dans la même peine, parce qu'il savait que Dieu, qui nourrit les oiseaux du ciel et les animaux de la terre, ne manquerait jamais de lui donner les choses nécessaires à la vie. On raconte qu'un pauvre étant venu lui demander l'aumône, il l'envoya à Thérasie, qui, de son épouse, était devenue sa soeur, lui disant de donner à ce pauvre ce qu'elle pourrait ; elle lui répondit qu'il ne restait plus en sa maison qu'un petit pain qui ferait tout son diner.
" Donnez-le, répliqua le Saint ; Jésus-Christ, qui demande par la bouche et par la main de ce pauvre, doit être préféré à nous."
Thérasie, contre sa coutume, n'en fit rien, parce qu'elle jugea sans doute, selon la prudence humaine, que, dans un besoin égal, la vie de ce grand homme était préférable à celle du mendiant, et qu'ainsi il valait mieux garder le pain que de le donner à cet étranger. Mais elle apprit bientôt que la Foi de Paulin était plus opulente et plus efficace que la précaution timide et défiante dont elle avait usé ; car, incontinent après, il arriva des hommes qui lui amenaient une grande provision de blé et de vin, s'excusant d'ailleurs et du peu qu'ils apportaient et de leur retardement, sur ce qu'une tempête avait submergé un de leurs vaisseaux qui était chargé de froment.
" Voilà, dit alors Paulin à Thérasie, le châtiment de votre incrédulité. Vous avez dérobé au pauvre le pain que je lui voulais donner, et Dieu, en punition, nous a privés de ce vaisseau de blé que sa providence nous envoyait."
Cette grande foi était dans notre saint prêtre la source de toutes les autres vertus. On ne peut assez dignement représenter sa douceur, sa miséricorde pour toutes sortes d'affligés, sa recounaissancé pour ceux qui lui faisaient du bien, sa vénération pour les excellents prélats qui vivaient do son temps, sa dévotion envers les Saints, et surtout envers saint Félix, dont il rendit la mémoire si célèbre par tout le monde ; et, enfin, son grand amour pour Jésus-Christ dont, selon le témoignage de saint Augustin, il jetait partout une odeur très-sainte et très-agréable.
Il y avait 15 ans que Paulin vivait dans la retraite, lorsqu'on l'élut pour succéder à Paul, évêque de Nole, qui mourut sur la fin de l'année 409.
" Dans la prélature, dit Uranius, un de ses prêtres, en l'abrégé de sa vie, il n'affecta point de se faire craindre, mais il s'étudia à se faire aimer de tout le monde. Comme il n'était point touché des injures que l'on faisait à sa personne, rien n'était capable de le mettre en colère ; il ne séparait jamais la miséricorde du jugement ; mais s'il était obligé de châtier, il le faisait d'une telle manière, qu'il était aisé de voir que c'étaient des châtiments de père, et non pas des vengeances de juge irrité. Sa vie était l'exemple de toutes sortes de bonnes oeuvres, et son accueil était le soulagement de tous les misérables. Qui a jamais imploré son secours sans en recevoir une consolation très-abondante ? Et quel pécheur a-t-il jamais rencontré qu'il ne lui ait présenté la main pour le relever de sa chute ? Il était humble, bénin, charitable, miséricordieux et pacifique ; il n'eut jamais de fierté ni de dédain pour qui que ce fût. II encourageait les faibles, il adoucissait ceux qui étaient d'une humeur emportée et violente. Il aidait les uns par l'autorité et le crédit que lui donnait sa charge, d'autres par la profusion de ses revenus, dont il ne se réservait que ce qui lui était absolument nécessaire ; d'autres, enfin, par ses sages conseils, dont on trouvait toujours de grands trésors dans sa conversation et dans ses lettres. Personne n'était éloigné de lui sans désirer de s'en approcher ; et personne n'avait le bonheur de lui parler sans souhaiter de ne s'en séparer jamais."
En un mot, comme sa réputation était si grande, qu'à peine il y avait un seul lieu sur la terre où le nom de Paulin ne fût célèbre ; aussi ses bienfaits étaient si étendus, que les îles et les solitudes les plus éloignées en étaient participantes. Comme le remarque l'auteur des livres de la " Vocation des Gentils ", qui sont attribués à saint Prosper, quoique Paulin eût abandonné ses propres biens pour Jésus-Christ, il ne laissa pas, néanmoins, d'avoir grand soin des biens ecclésiastiques de son évêché, parce qu'il n'ignorait pas qu'il n'en était que le dépositaire et le gardien ; et que, étant le patrimoine des pauvres, il était obligé de les conserver pour ceux en faveur desquels les fidèles les avaient donnés à l'Eglise. Mais il en conserva les fonds avec soin, il en distribua les revenus avec une liberté sans mesure ; de sorte qu'il n'était pas moins pauvre dans l'épiscopat qu'il l'avait été dans le monastère ; rien ne demeurant entre ses mains, il était autant dans la disette, sous l'éclat de la prélature, qu'il l'était sous l'humble habit de religieux.
Il ne faut pas oublier ici que ses éminentes vertus lui attirèrent même la vénération des empereurs. Honorius, fils du grand Théodose, avait pour lui la plus grande estime ; il voulut qu'il fût presque le seul arbitre du différend qui survint dans l'Eglise romaine pour la succession au pontificat du pape saint Zozime. Car, ayant ordonné l'assemblée d'un Concile pour examiner les prétentions d'Eulalius, schismatique, contre le droit légitime de saint Boniface, et sachant que ce saint évêque n'y pouvait pas assister, parce qu'il était tombé malade, il fit différer ce concile jusqu'à ce qu'il fut entré en convalescence. Il lui écrivit ensuite une lettre pleine d'un souverain respect, lui témoignant que rien ne pouvait être décidé sans lui ; il le prie de se trouver au Concile pour apprendre au monde la volonté de Dieu, pour déclarer à l'Eglise quel était son véritable pasteur, et pour lui donner à lui-même sa bénédiction.
21 Juin, 2008
22 juin- St Paulin
" Allez dans la Campanie, voyez Paulin, cet homme si grand par sa naissance, par son génie et par ses richesses ; voyez avec quelle générosité c serviteur de Dieu s'est dépouillé de tout pour ne posséder que Dieu ; voyez comme il a renoncé à l'orgueil du monde pour embrasser l'humilité de la croix ; voyez comment il emploie présentement à louer Dieu ces trésors de science qui sont perdus quand on ne les consacrent pas à celui qui les a donnés."
Saint Augustin. Ep. XXVI ad Livent.

Saint Paulin. Legenda aurea. Bx J. de Voragine. XVe.
Il n'y a jamais eu personne qui ait fait plus d'efforts pour se cacher et pour se rendre inconnu dans le monde que saint Paulin ; et il n'y a jamais eu personne qui ait reçu plus de louanges, personne que les saints Pères se soient plus étudiés à relever par leurs éloges. Saint Ambroise, saint Augustin, saint Jérôme et saint Grégoire le Grand, que l'Eglise latine reconnaît pour ses 4 principaux docteurs, ont voulu être ses panégyristes, et ils ont été suivis en cela par beaucoup d'autres Pères qui ont cru que c'était louer la vertu même que de donner des louanges à cet excellent évêque de Nole. II naquit, vers l'année 353, à Bordeaux ou à Embrau, qui n'en est éloigné que de 4 lieues. Ses parents étaient de Rome, et des plus nobles de cette ville, maîtresse du monde ; ils comptaient dans leur maison des consuls et des patrices, et plusieurs même estiment que son père était de la famille des Anicius, la plus illustre de toutes les familles de Rome. Ils avaient de si riches possessions, non-seulement dans l'Italie, mais aussi dans les Gaules et dans l'Espagne, que le poète Ausone ne fait point difficulté de les appeler des royaumes. [Ponce Paulin, père de notre Saint, était préfet du prétoire dans les Gaules, et le premier magistrat de l'empire d'Occident].
Paulin reçut une éducation conforme à sa naissance ; et, lorsqu'il fut en âge d'étudier, il eut pour précepteur le même Ausone, qui passait pour le premier orateur et le plus excellent poète de son temps. Le disciple ne fut pas longtemps sans égaler et même sans surpasser son maître ; il devint si éloquent, que saint Jérôme, ayant lu une apologie qu'il avait faite pour la défense de l'empereur Théodose contre les calomnies des païens, la loua comme un des ouvrages les plus éloquents de cette époque, et dit que Théodose était heureux d'avoir pour défenseur un tel panégyriste. Il ajoute que Paulin est un écrivain accompli et que l'Eglise acquerrait un grand trésor s'il voulait s'appliquer à composer sur l'Ecriture sainte et sur les mystères de notre religion. Ausone même avoue qu'il était devenu meilleur poète que lui, et qu'il avait remporté en ce genre d'écriture un prix d'honneur que lui-même n'avait pas remporté.
Ces excellentes qualités, jointes aux biens immenses dont il se vit bientôt l'héritier, le rendirent célèbre par tout le monde. On dit qu'il fut quelque temps à la cour de l'empereur Valentinien l'ainé, et plaida aussi, étant jeune, plusieurs causes au barreau. Dieu lui donna une femme digne de lui et dont la noblesse et les grandes richesses étaient relevées par une vertu au-dessus du commun.

Bréviaire franciscain. XVe.
C'est la célèbre Thérasie, espagnole, qui contribua si heureusement à lui faire quitter le monde, et qui fut la compagne inséparable de sa vie pauvre et retirée, comme nous le dirons dans la suite. L'empereur trouva tant de jugement et de solidité dans son esprit, qu'il le fit consul à un âge où à peine les autres commencent à être employés aux affaires publiques, et lui donna ensuite le gouvernement de Rome, sous le nom de préfet. Lorsqu'il se fut très-dignement acquitté de ces grandes charges, les diverses négociations dont on le chargea et ses affaires domestiques l'obligèrent pendant 15 ans à divers voyages, tant dans les Gaules qu'en Italie et en Espagne.
Dans ces voyages, il alla quelquefois à Milan, où il eut le bonheur de fréquenter saint Ambroise, qui conçut pour lui une affection toute singulière, comme il le témoigne dans son épître 45. il y fut aussi connu de saint Augustin et d'Alipius, auxquels il a depuis écrit plusieurs lettres. Il eut un fils à Alcala de Hénarès, qui est une ville de l'Espagne Tarragonaise ; mais il ne le posséda que 8 jours, et, quoiqu'il eût souhaité fort longtemps cette bénédiction de son mariage, il en fut privé presque aussitôt qu'il l'eut reçue, afin que rien ne l'empèchât de renoncer entièrement au monde.
Ce qui commença à l'en dégager, ce fut un pèlerinage au tombeau de saint Félix, prêtre de Nole et martyr. Les grands miracles qui se firent devant ses yeux lui donnèrent tant d'affection pour ce glorieux martyr de Jésus-Christ, qu'il résolut dès lors, quoiqu'il n'eùt que 27 ans, de se retirer dans les terres qu'il avait auprès de cette ville, pour y passer le reste de sa vie en hommè privé. Il fut néanmoins encore plus de 15 ans sans exécuter ce dessein.
Les entretiens qu'il eut avec saint Ambroise et les sages conseils de Thérasie, son épouse, aidèrent aussi beaucoup à lui faire connaître la vanité des grandeurs du siècle ; mais celui qui acheva sa conversion fut saint Delphin, évêque de Bordeaux. II reçut de lui le baptême à l'âge de 38 ans, comme il paraît par une épître qu'il écrivit peu de temps après à saint Augustin, touchant ses 5 livres contre les Manichéens.
Ensuite il se retira, pour la seconde fois, en Espagne, et s'arrêta à Barcelone, où il commença à faire profession de la vie solitaire ; mais comme sa conduite donnait de l'admiration à tout le peuple, et que sa chasteté, sa modestie, son insigne charité et son oraison continuelle le faisaient juger digne des emplois ecclésiastiques, un jour de la Nativité de Notre-Seigneur, les clercs et les laïques demandèrent instamment à l'évêque Lampius qu'il l'ordonnât prêtre. Saint Paulin s'y opposa de toutes ses forces, non pas, comme il le dit lui-même en l'épître VIe, qu'il dédaignât d'être le ministre de Jésus-Christ dans cette église peu considérable, mais parce qu'il regardait le sacerdoce comme une dignité au-dessus de ses mérites, et que, d'ailleurs, il avait résolu de vivre dans la retraite auprès de Nole, dans la Campanie. Il se rendit néanmoins enfin à leur volonté, mais à condition qu'il ne serait nullement lié à l'église de Barcelone, et qu'il aurait une entière liberté de s'en aller quand il le voudrait.

Saint Paulin échangé contre un esclave. Vie de saints. R. de Monbaston. XIVe.
En effet, après avoir séjourné 4 ans en Espagne, le désir de la vie parfaite embrasant son coeur de plus en plus, il vendit les biens qu'il avait en ce pays, et en distribua le prix aux pauvres; il repassa ensuite dans les Gaules, pour y faire la même chose. Il donna la liberté à ses esclaves, il ouvrit ses greniers, qui étaient remplis de grains, aux nécessiteux, et employa l'argent qu'il tira de la vente de ses terres et de ses maisons à racheter les captifs, à délivrer les prisonniers, à relever une infinité de familles que divers accidents avaient ruinées, à payer les dettes de ceux qui étaient persécutés par leurs créanciers, à fournir de quoi à un grand nombre de veuves et d'orphelins, à marier de pauvres filles que la nécessité aurait pu engager dans le désordre, à pourvoir aux secours des malades, et, pour tout dire en un mot, à enrichir les pauvres en s'appauvrissant lui-même.
Se voyant ainsi déchargé du poids, difficile à porter, des richesses, il se rendit à Milan, où saint Ambroise le reçut avec une joie et une tendresse merveilleuses et le pria même de trouver bon qu'il le mit au nombre des prêtres de son église ; notre Saint ne put le lui refuser, quoiqu'il se conservât toujours la liberté d'aller où Dieu l'appellerait. On a cru, avec beaucoup de raison, que ce grand docteur, qui était déjà fort âgé, jetait les yeux sur lui pour lui succéder après sa mort ; mais comme elle arriva dans un temps où saint Paulin était fort éloigné de Milan, le vieillard saint Simplicien fut mis en sa place.
Après que notre Saint eut fait quelque séjour dans cette ville, capitale de la Ligurie, il passa à Rome, capitale de l'empire. Le peuple, qui l'avait vu autrefois dans ses dignités éminentes de consul et de préfet, et qui connaissait ses rares qualités et l'excellence de sa vertu, l'y reçut avec un honneur extraordinaire. Il fut visité, principalement dans une maladie, par tout ce qu'il y avait de magistrats et de grands seigneurs en cette ville.
Ceux des villes voisines qui ne purent pas lui rendre ce devoir par eux-mêmes lui envoyèrent des députés pour lui témoigner la joie qu'ils avaient de son retour, et la part qu'ils prenaient à son incommodité. Il y eut même peu d'évêques des environs qui ne le vinssent voir ou qui ne lui écrivissent, pour le congratuler de ce qu'il avait quitté les espérances du monde pour embrasser l'état ecclésiastique.
Ces témoignages d'estime et de respect donnèrent de la jalousie aux principaux du clergé de Rome, et, au lieu d'être les premiers à lui faire honneur, ils n'eurent pour lui que de la froideur et de l'indifférence, et lui suscitèrent même quelque persécution. Le souverain Pontife ne lui témoigna pas non plus beaucoup d'amitié ; et il se plaint lui-même, en sa première épître à Sévère, de la réception un peu froide qu'il lui fit. Mais comme c'était le pape Sirice, qui a mérité, par sa piété et par les grands services qu'il a rendus à l'Eglise, d'être mis au nombre des Saints, il faut croire, avec le cardinal Baronius, que ce qui l'aigrit contre saint Paulin, ne fut autre chose qu'un zèle un peu trop ardent pour l'observance de la discipline ecclésiastique, qu'il crut avoir été violée dans l'ordination de ce saint prêtre car il avait été promu au sacerdoce aussitôt après son baptême et sans avoir passé par les degrés inférieurs, ou sans y être demeuré un temps suffisant, avant de monter plus haut. Néanmoins, Paulin n'était point coupable, puisque, s'il avait souffert cette ordination, ce n'était que par force et contre sa volonté ; et, d'ailleurs, cette manière de conférer les ordres sans garder les interstices, ni même les degrés ecclésiastiques, était en ce temps-là, autorisée par beaucoup d'exemples.
Quoi qu'il en soit, ce grand personnage se voyant devenu une occasion de plainte et de murmure, sortit promptement de Rome et se rendit, selon le dessein qu'il avait conçu 15 ans auparavant, à une maison qui lui appartenait auprès de Nole. Thérasia, son épouse, l'y suivit aussi ; mais ils logèrent séparément : et, ayant pris l'un et l'autre un habit de pénitence semblable à celui des solitaires, ils se mirent à pratiquer chacun de son côté toutes les pratiques de la vie religieuse. Un changement si admirable fit aussitôt grand bruit dans le monde ; les païens, encore nombreux dans le sénat et dans les premières magistratures de l'empire, en parlèrent avec beaucoup d'indignation, et comme d'une action extravagante.
Il y eut même des personnes considérables parmi les fidèles qui ne le purent goûter; elles disaient ouvertement que Paulin, étant capable de rendre de si grands services à l'Etat, commettait une injustice en lui dérobant ses soins, ses conseils et sa personne, pour mener une vie oisive dans un lieu champêtre et éloigné de la compagnie des autres hommes. Ausone, son ancien précepteur, fut surtout de ce nombre ; et il en écrivit souvent à ce cher disciple, dès le temps même qu'il quitta l'Aquitaine pour se retirer à Barcelone. Mais la grâce du Saint-Esprit, qui voulait donner aux grands du monde, en la personne de Paulin, un excellent modèle du mépris de toutes les choses de la terre, le fortifia contre ces plaintes et lui fit connaître, par expérience, que ce qu'il avait quitté était beaucoup moindre que ce qu'il gagnait en suivant Jésus-Christ ; elle lui mit dans la bouche des réponses si saintes et si évangéliques, qu'elles servent encore aujourd'hui de justification à tous ceux qui, imitant son exemple, renoncent aux plus grands emplois et aux fortunes les plus avantageuses pour suivre l'étendard de la Croix, et pour se faire humbles disciples d'un Dieu pauvre et souffrant pour l'amour des hommes.
Aussi, tandis que Paulin était blâmé par les gens du siècle, il était, au contraire, loué par tout ce qu'il y avait alors de docteurs et de saints personnages sur la terre. Saint Martin, qui vivait encore, et qui l'avait autrefois guéri par attouchement, d'une grande incommodité à l'oeil, le proposait à ses disciples comme un exemple achevé de la perfection évangélique, et leur disait souvent qu'il était presque le seul dans le monde qui eût accompli les préceptes de l'Evangile ; que c'était lui qu'il fallait suivre, que c'était lui qu'il fallait imiter, et que la plus grand bonheur de son siècle était d'avoir porté un homme si rare et si admirable. C'est ce que rapporte Sulpice Sévère, en la vie de ce saint évêque de Tours.
17 Juin, 2008
18 juin-St Ephrem
" Ô mon Dieu, je vous bénis... parce que vous m'avez châtié."
Tob. XI, 17.

Ce grand Docteur qui illustra l'Église de Syrie, naquit à Nisibe, en Mésopotamie, vers l'an 306. Ephrem fut consacré à Dieu dès son enfance. Quoique pauvre et vivant uniquement des produits de la terre, sa famille possédait l'insigne privilège de compter plusieurs martyrs dans ses rangs et ses parents avaient eu l'insigne honneur de confesser Notre Seigneur Jésus-Christ publiquement - et en en réchappant - pendant la persécution de Dioclétien.
Bien qu'encore jeune, Ephrem alla trouver saint Jacques de Nisibe qui l'éleva comme un fils. Prévenu des lumières de l'Esprit-Saint, il s'ensevelit dans la solitude vers sa dix-huitième année, et établit sa demeure dans une grotte au pied d'un rocher.
Ce précoce anachorète passait ses jours et ses nuits à méditer les Saintes Écritures tout en se livrant aux plus rudes exercices de la pénitence. Il couchait sur la dure et passait des journées entières sans manger. En guise de travail, il tissait des voiles de navire au profit des pauvres. Porté à la colère, par tempérament, il dompta si bien les penchants viciés de sa nature, qu'on le surnomma: la douceur de Dieu.
Ordonné diacre par l'évêque de Nisibe, saint Ephrem fut chargé d'annoncer la parole de Dieu. Prédicateur inspiré, il parlait avec une éloquence qui subjuguait ses auditeurs. Ses discours portaient la lumière et la conviction dans les âmes des fidèles qui accouraient l'entendre prêcher.

Ménées des Grecs. Chypre. XIIIe.
La pensée à laquelle saint Ephrem revient sans cesse dans ses exhortations comme dans ses conversations et ses prières publiques, est celle du jugement dernier. Dans l'une de ses prédications, il engagea un dialogue avec son auditoire sur le grand Jour du Jugement. Il en fit une représentation si terrifiante par l'inquiétude des demandes et l'effrayante précision des réponses, que cette harangue est demeurée célèbre dans toute la chrétienté d'Orient.
Apôtre de la pénitence, saint Ephrem en représentait lui-même un parfait modèle pour tous. Par son exemple et ses paroles, il convertit un grand nombre d'idolâtres et d'hérétiques. Il combattit victorieusement ces derniers par des écrits d'une science magistrale.
Obligé de quitter la ville de Nisibe tombée aux mains des Perses, le saint diacre se retira à Edesse où il passa les dix dernières années de sa vie. Il résolut de s'adonner plus que jamais à la prière.

Saint Ephrem et saint Basile le Grand. Legenda aurea. Bx J. de Voragine. XIVe.
Comme son détachement du monde le portait vers la solitude, il ne voulut quitter sa retraite que pour prêcher la parole de Dieu et exercer la charité envers les pauvres et les malades. Il rédigea de volumineux commentaires sur l'Écriture Sainte, des homélies, des instructions pour les monastères, des hymnes et des poèmes. Ces nombreuses compositions dans lesquelles il chante les mystères de la religion, les gloires du Christ et de Sa Sainte Mère qu'il affectionnait particulièrement, lui ont mérité le surnom de: harpe du Saint-Esprit.
Arrivé dans une extrême vieillesse, il interrompit ses travaux pour visiter saint Basile, archevêque de Césarée. Le grand évêque conçut une profonde vénération pour saint Ephrem et voulut l'ordonner prêtre ; mais le saint diacre avait le sacerdoce en une si haute estime, qu'il ne voulut jamais consentir à être revêtu de cette dignité suréminente.
De retour à Edesse, saint Ephrem s'enferma dans une cellule afin de se préparer au passage du temps à l'éternité. Sur ces entrefaites, la famine et la peste éclatèrent dans la ville. Aussitôt, l'homme de Dieu accourut pour combattre le double fléau. Il secourait nuit et jour les pauvres pestiférés et leur administrait les sacrements. La peste fut finalement vaincue après trois mois d'héroïques efforts.
En retournant dans sa cellule, saint Ephrem y emportait le germe d'une maladie mortelle. La fièvre l'accula bientôt à l'agonie et à une mort imminente. Toute la ville d'Edesse accourut pour saluer une dernière fois cet inestimable bienfaiteur de leurs âmes. Rendu au terme de son pèlerinage terrestre, saint Ephrem s'endormit du sommeil des bienheureux, le 18 juin 378, soit quelques semaines après le décès de saint Basile le Grand.
Interprète des Livres Saints, théologien, orateur et poète sacré, saint Ephrem est assurément le plus illustre écrivain de tout l'Orient chrétien. Saint Ephrem est le patron de l'Eglise Syriaque catholique.
Le titre le plus populaire pour saint Éphrem est " Harpe de l'Esprit ".
Le pape Benoît XV l'a proclamé Docteur de l'Église universelle et a déplacé sa fête en ce jour.

PRIERE POUR LES JOURS DE JEÛNE
" Seigneur et maître de ma vie,
Ne m'abandonnez pas à l'esprit d'oisiveté, d'abattement,
De domination et de vaines paroles.
Mais accordez-moi l'esprit d'intégrité, d'humilité,
De patience et d'amour,
A moi votre serviteur.
Oui, Seigneur Roi,
Donnez-moi de voir mes fautes
Et de ne pas juger mon frère,
car Vous êtes béni dans les siècles des siècles.
Ainsi soit-il.
Ô Dieu, purifie-moi, pêcheur." (12 fois).

PRIERE A MARIE
" Vierge Souveraine, Génitrice de Dieu, salut de la famille unie des chrétiens, vous ne cessez de jeter sur nous le regard d'une tendre mère. Vous nous aimez comme si nous étions vos enfants, toujours disposée à nous chérir, vous répandez sur nous d'ineffables bienfaits : vous nous protègez et vous nous sauvez ; veillant sur nous avec sollicitude, vous nous délivrez du danger des tentations, et de la multitude des pécheurs qui nous environnent ; pleins de reconnaissance, nous vous remercions, nous célébrons votre munificence, nous publions vos bienfaits, nous chantons à haute voix vos merveilles, nous louons votre sollicitude, votre prévoyance, nous élevons dans nos hymnes votre puissance tutélaire, nous immortalisons votre inépuisable miséricorde.
Les bienfaits que vous avez répandus sur nous par le passé sont gravés dans notre mémoire, et nous nous souvenons à quels dangers imminents vous nous avez arrachés ; nous vous adressons ce cantique de grâces, comme une dette que nous acquittons, cantique toujours au-dessous de voss bienfaits. Eh ! Quelle voix pourrait les célébrer dignement ? Cependant, nous prenons courage, nous implorons humblement votre miséricorde, pour que vous entendiez les cris de détresse de vos serviteurs.
Déposez notre demande aux Pieds de ce Dieu que vous avez engendré, pour qu'Il nous sauve de la damnation éternelle, et que nous puissions louer le Nom trois fois saint du Père, du Fils et du saint Esprit ; et aujourd'hui et dans l'éternité des siècles.
Vous voyez, Ô très sainte Souveraine Enfantrice de Dieu, vous voyez tous les pièges dont nous enveloppe l'esprit malin, l'esprit impur. Voyez toutes les passions criminelles qu'il éveille en nous, et dont il nous enlace comme d'un réseau. Apparaissez et ne repoussez point notre prière. Pourquoi détourner votre visage et oublier notre faiblesse ? Écartez les embûches du démon qui nous tente, soyez notre asile dans cette guerre, apaisez par votre intercession bienfaisante la Colère divine que nos égarements ont excitée ; ajoutez ce nouveau bienfait à tant d'autres, et nous célébrerons dans nos cantiques votre nom, celui de votre Fils et notre Dieu qui, de même que son Père, est sans commencement."
Rq : On lira, téléchargera et méditera une grande partie des oeuvres de saint Ephrem sur le site de la Bibliothèque nationale de France : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1106534.pagination
16 Juin, 2008
17 juin - St Hervé
" Les vraies richesses, ce ne sont pas les biens terrestres, mais les vertus que la conscience porte en elle-même pour être riche dans l'éternité."
Saint Bernard. Serm. IV de Adventu.

Saint Hervé et son loup. Eglise Saint-Hervé de Lanhouarneau. Léon. Bretagne. XVIIIe.
Le culte de saint Hervé est si public et si ancien en Bretagne, qu'on ne peut douter raisonnablement s'il y a eu un saint de ce nom ; mais l'on en pourrait douter si l'on ne consultait que ses actes, qui sont remplis de tant de fables, qu'ils ont plus l'air d'un roman fait à plaisir que de l'histoire d'une personne qui ait vraiment existé.
Ces actes se trouvent dans le Légendaire manuscrit de l'église de Treguer, qui peut avoir trois à quatre cents ans d'antiquité, dans un autre manuscrit de l'abbaye Saint-Vincent du Mans du XVe siècle, et dans un autre de l'abbaye Saint-Gildas-des-Bois ; mais ces deux derniers, non plus que l'ancien bréviaire de Léon, ne rapportent pas la vie de saint Hervé toute entière, comme elle l'est dans le Légendaire de Treguer.
D'un autre côté, le Légendaire de Treguer retranche beaucoup de choses des préliminaires de la vie du Saint, qui se trouvent dans les autres manuscrits. On est à plaindre, quand on cherche à s'instruire, de ne trouver dans ce sortes de Légendaires fabuleux, que des ténèbres, au lieu de lumières ; cependant, pour ne pas laisser tout à fait inconnu un saint aussi fameux que Hervé, nous tâcherons de tirer ce qu'il peut y avoir de bon dans ces Légendaires, c'est-à-dire de trouver des raisins dans les ronces et des figues dans les plantes épineuses.

Saint Hervé guidé par le petit Guiharan. Chapelle Saint-Hervé. Bubry. Diocèse de Vannes. Bretagne. XVIIIe.
Harvian, qu'on donne pour père à saint Hervé, était de l'île de Bretagne, et avait passé à la cour du roi Childebert, où la double profession de poëte et de musicien lui avait donné quelque distinction. Mais, si les vers et les chants l'avait rendu agréable au roi, il en mérita encore plus l'estime par la sainteté d'une vie chaste, chrétienne, exemplaire.
Après avoir passé quelques temps à la cour, il obtint son congé du roi qui lui donna des lettres pour Conomor, son lieutenant dans l'Armorique, par lesquelles il lui commandait de procurer à Harvian la commodité d'un vaisseau pour repasser dans l'île de Bretagne. Mais il arriva des choses qui déterminèrent Harvian à demeurer en Armorique.
Il y épousa une fille à peu près de même profession que lui, appelée Rivanone, dont il eut un fils qui naquit aveugle et qui fut appelé Hoüarvé, Harvian, Hoüarn ou encore Hervé, car on écrit son nom de toutes ces manières différentes. La mère de Hervé était des environs de Lan-nuzan, elle le mit au monde à Lan-rigur (Rigur était le nom de son frère) et l'éleva dans le canton de Keran ; tous nom qui ne nous instruisent pas beaucoup, mais qui pourront être reconnu par les gens du pays de Léon.

Statue de saint Hervé. Chapelle Saint-Hervé. Bubry. Diocèse de Vannes. Bretagne. XVIIe.
Le petit aveugle avait, dit-on, l'esprit fort ouvert et la mémoire très fidèle ; mais la preuve qu'on en donne passe toute croyance, et c'est, qu'instruit par sa mère, il savait dès l'âge de sept ans, tout le psautier, avec les hymnes ecclésiastiques. Sa mère se retira dans une solitude avec quelques filles, et y passa saintement le reste de ses jours. Saint Hervé voulant recevoir sa bénédiction avant qu'elle mourût, alla dans le pays d'Ack trouver unsaint homme nommé Urfoed, qui était son parent, pour le prier de s'informer du lieu de retraite de sa mère, afin qu'il pût s'y faire conduire. Urfoed prit volontiers cette peine et découvrit enfin la solitude où Rivanone passait sa vie dans une austère pénitence. Elle fit prier son fils de ne point s'éloigner de la demeure d'Urfoed, jusqu'à ce qu'elle le fît avertir du temps de sa mort. Hervé, se rendant à ses ordres, demeura quelques temps dans ce lieu qui lui fut cédé par Urfoed. Le saint homme s'en alla d'un autre côté, bâtit un oratoire dans une forêt que les Actes apellent Duna, où il finit ses jours dans les exercices de la vie érémitique.

Saint Hervé et son loup, guidé par le petit Guiharan. Eglise Saint-Millau. Guimillau. Léon. Bretagne. XVIIIe.
Hervé, établi à Lan-Urfoed, y continua la charité que faisait son parent à la jeunesse des environs, en se donnant le soin et la patience de les instruire. L'un d'eux, nommé Guiharan, prit l'habitude de guider notre Saint dans ses trajets. Enfin, averti que la vie de sa mère approchait, il alla recevoir sa bénédiction, lui fermer les yeux et l'ensevelir. Les Actes ajoutent qu'il se fit beaucoup de miracles au tombeau de cette sainte femme.
Hervé, trop respecté à son gré, à cause de ce qu'il faisait lui-même, résolut de changer de demeure. Il se fit conduire d'abord au lieu où saint Urfoed s'était retiré. [Saint Hervé s'était attaché un loup qui le guidait dès qu'il avait un trajet à faire]. Il trouva non seulement qu'il était mort, mais que son oratoire même, bâti peu solidement, avait été ruiné par les bêtes de la forêt. Il le rebâtit, avec le secours des gens du canton, qui y dressèrent un autel, et munirent le tombeau de saint Urfoed de grandes pierres, pour en conserver plus sûrement et les reliques et la mémoire.

Chapelle Saint-Hervé. Gourin. Evêché de Vannes. Bretagne.
Hervé alla ensuite trouver l'évêque de Léon qui l'ordonna exorciste. Le saint aveugle se borna à ce degré, et, voulant désormais se fixer quelque part pour toujours, il marcha du côté de l'Orient, et s'arrêta dans un champ du côté de Landivisiau, qui lui fut donné par le propriétaire appelé Innoc, et de quelques seigneurs, tant de Léon que de Cornouailles, l'un desquels était nommé Rivallon, ou Tyrmallon, qui parait avoir été du pays d'Ack, et l'autre avait nom Guegon ou Wicon, qui était de Cornouailles, et qui donna au Saint une terre considérable, appelée Lan-Quedré. Ses Actes parlent aussi d'un comte Helen qu'il alla trouver, et chez qui il fit un miracle. On ne peut pas deviner ce que c'est que ce comte Helen ou Alain.
On dit aussi qu'il se trouva à l'assemblée de quelques évêques qui se rendirent sur le Mené-bré, l'une des plus hautes montagnes de la province, pour y excommunier Conomor, lieutenant de Childebert ; ce fameux Conomor meurtrier du prince Jona, et noirci de beaucoup d'autres crimes détestables. Saint Hervé fut aussi en commerce avec saint Maïan [saint Méen ?], qui gouvernait qui gouvernait quelques moines dans un monastère dont la situation ne nous est point marquée, non plus que la demeure du saint abbé Grednon, Gredeon, ou Goüeznou, dont il est parlé dans la même occasion qui a donné lieu de faire mention de saint Maïan. Il parait cependant que saint Grednon ou Goüeznou n'était pas loin de la côte et de l'écueil appelé Rots-huzan.

Eglise Saint-Hervé. On y conserve une petite partie des reliques de saint Hervé. La Faouët. Cornouailles.
Six jours avant sa mort, saint Hervé fut averti par un ange, que Dieu l'appellerait à lui dans ce terme. Il attendit avec joie le moment qui devait déterminer son exil. Sainte Christine, nièce de sa mère, et qui l'avait accompagné dans sa retraite jusqu'à la fin, pria saint Hervé de ne la point laisser sur la terre quand il passerait à une meilleure vie. Il lui promit qu'il demanderait pour elle à Dieu ce qu'elle souhaitait ; et en effet, quand il eut rendu tranquillement l'esprit, après avoir reçu de son évêque l'absolution et le Saint Viatique, la sainte fille expira dans le moment au pied du lit du saint abbé ; ce qui nous fait voir que la clôture n'était point une règle de son monastère, ou que la prenté si proche de ces deux saintes personnes donnait à Christine des privilèges que les autres n'auraient pas eus.
Outre l'évêque de Léon, il assita aux obsèques de saint Hervé plusieurs prêtres et trois abbés, saint Conogan, saint Maïan et saint Mornrod. Ils l'enterrèrent entre l'autel et la ballustrade orientale et munirent son cercueil de lames de fer et de plomb.
Il mourut le 22 du mois de juin selon ses Actes. Cependant, l'ancien Bréviaire de Léon met sa fête au 17 juin et l'église de Nantes la célèbre au 18 juillet.

Eglise Saint-Hervé de Lanhouarneau. Léon. Bretagne.
L'église où saint Hervé fut enterré a depuis porté son nom et s'appelle encore aujourd'hui Lan-Hoüarné, qui est une église paroissiale de l'évêché de Léon, entre Landivisiau et Lesneven. Le corps du Saint y demeura, dit saint Albert la Grand, jusqu'à l'an 878. Pour éviter la rage des Normands, il fut transféré à la Chapelle du château de Brest, où il fut jusqu'en 1002. Le duc Geoffroy Ier, l'ayant fait mettre dans une châsse d'argent, en fit présent à l'évêché de Nantes. Saint Albert le Grand le nomme Hérvé et le fait confesseur et aumonier du duc.
L'évêque mit la châsse au Trésor de son église et elle s'y est conservée jusqu'à ce que les bêtes féroces révolutionnaires les détruisent. Les serments ordonnés par la justice, ajoute [saint Albert le Grand], se faisaient autrefois sur cette châsse, comme il parait sur un Rituel de Nantes dressé vers l'an 1225, et les parjures étaient sévèrement punis.
L'église de Faouët, dans l'ancien diocèse de Tréguier, a saint Hervé pour patron et possède une petite portion de ses reliques. Il y en a aussi dans l'ancienne cathédrale de Léon.
Fils de barde et de poëte, saint Hervé est entre autre le patron des poëtes et des musiciens bretons.

Bras-reliquaire de saint Hervé. Eglise Saint-Hervé de Lanhouarneau. Léon. Bretagne. XIVe.
* Notice de dom Guy-Alexis Lobineau, " Les vies des saints de Bretagne ", à Rennes, par la compagnie des Imprimeurs-Libraires, 1725, pp 111 & 112.
Rq : " Les vies des saints de Bretagne et des personnes d'une éminente piété qui ont vécu dans la même province " de dom Guy-Alexis Lobineau est disponible en consultation et téléchargement sur le site de la Bibliothèque nationale de France : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k114592x
16 Juin, 2008
15 juin - Ste Germaine de Pibrac
" Familiaris est Dominus simplicibus, quibus non dédignatur arcana sua revelare."
" Dieu aime les âmes simples, Il ne dédaigne pas de leur révéler Ses mystères."
Saint Albert le Grand, De Parad. animae.
Notre sainte naquit à Pibrac, à quelques lieues de Toulouse en 1579. Son père, Laurent, était un pauvre cultivateur et sa mère s'appelait Marie Laroche. Le très peu de richesses terrestres qu'ils avaient étaient compensé par l'abondance de leur piété et de leurs moeurs honnêtes.
La petite orpheline devint ainsi l'objet de la haine et du mépris d'une belle-mère acariâtre et sans coeur ; la douleur, née avec elle, devait être sa compagne jusqu'à la mort. Cette pauvre ignorante fut instruite par Dieu même dans la science de la prière.

Bergère des troupeaux de la famille, elle passait son temps en conversations avec le Ciel ; le chapelet était son seul livre ; la Sainte Vierge était sa Mère, les Anges ses amis, l'Eucharistie sa vie. Souvent on la
vit agenouillée dans la neige, traversant à pied sec le ruisseau voisin sans se mouiller, pour se rendre à l'église, où elle assistait chaque jour au Saint Sacrifice et communiait souvent, pendant que ses brebis paissaient tranquilles autour de sa quenouille plantée en terre. Charitable pour les pauvres, elle leur donnait son pauvre pain noir, ne vivant guère que de l'amour de Dieu; et, un jour, le Ciel renouvela pour elle le miracle des roses devant les yeux de son impitoyable marâtre.

A sa mort, les Anges et les Vierges célestes chantèrent au-dessus de sa maison comme en attestèrent deux religieux qui passaient près de la maison la buit où elle retourna à Notre Père des Cieux. Quarante ans plus tard, on trouva, comme par hasard, mais providentiellement, son corps intact avec un bouquet de fleurs fraîches, sous les dalles de l'église de sa paroisse. Elle est devenue une des grandes Thaumaturges et une des Saintes les plus populaires de la France.

12 Juin, 2008
13 juin- St Antoine de Padoue
" Si par les mérites de saint Antoine on retrouve, quand on les a perdues, les choses qui regardent la fortune matérielle, à combien plus forte raison ne retrouvera-t-on point par son intervention celles qui regardent le salut !"

Statue de saint Antoine de Padoue. Eglise Saint-Cyr et Sainte-Juliette de Cahors.
Soulignons encore ce que dit le commentateur. Si l'on invoque à juste titre ce très-grand saint pour retrouver ce que l'on a pu perdre et se réjouir des innombrables prières exaucées par sa puissante intercession, il faut pas perdre de vue que notre saint fut exceptionnel dans un nombre exceptionnel de vertus et de registres. Il prêcha, gouverna, lutta contre les hérétiques (albigeois) et les Juifs, se dévoua aux pauvres " ses maîtres ", eut pour Notre Dame une dévotion toute divine.
C'est une injustice de " réduire " saint Antoine de Padoue à une piété certes honorable mais qui négligerait l'amplitude et de sa sainteté et de son intercession.
Saint Antoine de Padoue naquit en 1195, à Lisbonne, le jour de l'Assomption. Ferdinando de Bulhõnes (Bouillon) naquit dans une famille illustre et militaire. Son père était Martin de Bouillon d'une branche de la famille de Godefroy, premier Avoué du Saint-Sépulcre (roi de Jérusalem), et sa mère était Marie-Thérèse de Tavera, descente de Fruela, roi des Asturies au VIIIe siècle. Les Tavera donnèrent entre autres Dicadus de Tavera, archevêque de Séville et Jean de Tavera, cardinal-archévêque de Tolède.

Saint Antoine de Padoue. Cosme Tura. XVe siècle.
Les fonds sur lesquels le petit Ferdinand furent baptisés existent toujours dans l'église Notre-Dame de Lisbonne.
Ses parents étaient d'une grande piété et ils prirent un soin remarquable de leur enfant qu'ils élevèrent dans la piété, la crainte de Dieu et dans la science.
Sa vertueuse mère, par dévotion, l'avait offert au Seigneur à sa naissance.
Non seulement notre saint répondait aux attentes religieuse de ses parents mais encore était-il aussi brillant que travailleur.
Il suivit des études brillantes chez les chanoines Réguliers de saint Augustin à Saint-Vincent de Fora puis au monastère de Sainte-Croix de Coimbra, un important centre d'études et de vie religieuse, où il fut ordonné prêtre.
En 1220, les restes d'un groupe de Franciscains martyrs furent ramenés du Maroc. Cet événement le conduisit à joindre l'ordre de François d'Assise, où il reçut le prénom Antoine. Il partit en mission, à sa demande, au Maroc mais dut être rapatrié en Europe dès 1221 pour des problèmes de santé. Son bateau fut dévié par les vents sur la côte de Sicile où il rencontra les frères de Messine et se rendit avec eux au Chapitre général en 1221, et passa ensuite près d'un an en retraite au couvent de Montepaolo, pratiquement isolé du reste de la communauté.

Saint Antoine de Padoue guérissant un malade. Sébastiano Ricci. XVIIe siècle.
En 1222, lors de l'ordination de plusieurs franciscains, il dut prendre la parole et montra un grand talent d'orateur et d'érudit. Saint François d'Assise l'envoya alors prêcher en Italie et en France. Il prêcha et enseigna la théologie en Italie, notamment à Bologne, puis alla s'établir dans le sud de la France entre autre à Toulouse et Montpellier. Antoine connaissait très bien la théologie et ses prédications rencontrèrent un succès important, favorisant la conversion de nombreux hérétiques. Il fonda un monastère à Brive, où il fit de nombreuses conversions.
Il fut d'ailleurs, comme saint Vincent Ferrier et Torquemada, surnommé le marteau des hérétiques.
En 1226, il fut custode de Limoges et en 1227, après la mort de François d'Assise, puis élu Provincial d'Italie du nord, tout en continuant ses prêches et ses controverses avec les Albigeois.
En 1230, au chapitre, il renonca à sa charge de ministre provincial et fut envoyé à Rome où il fut conseiller de Grégoire IX dans le problème de la validité du Testament de François d'Assise.
Placé à la cuisine d'un couvent, il fut un jour appelé par son supérieur pour prêcher, sans préparation, à la communauté. Il commença simplement ; mais bientôt il s'éleva à une telle hauteur de doctrine et d'éloquence, qu'il émerveilla toute l'assemblée. L'Esprit-Saint, qui transforma les Apôtres, avait rempli l'humble Antoine. Dès lors il occupe les grandes charges de l'Ordre, il évangélise les villes et les campagnes, enseigne dans les universités de Montpellier, de Toulouse, de Bologne et de Padoue. Par ses prédications accompagnées de prodiges, il mérite le surnom de Marteau des hérétiques. Parmi les innombrables miracles de ce grand Thaumaturge, remarquons ceux qui suivent.

Saint Antoine de Padoue et Notre Seigneur. Zurbaran. XVIIe siècle.
Son père avait été injustement condamné à mort, à Lisbonne, pour un meurtre qu'il n'avait pas commis. L'esprit de Dieu transporta Antoine en son pays natal ; il alla tirer le mort de sa tombe et lui fit proclamer l'innocence de l'accusé. A la même heure, Antoine, de retour à Padoue, se rendait à l'office où la cloche appelait les religieux.
Une autre fois, prêchant sur le bord de la mer, il vit venir une multitude de poissons pour l'entendre, et donner une leçon aux hérétiques qui se bouchaient les oreilles ; ils ne partirent qu'après s'être inclinés sous sa bénédiction.
Saint Antoine est célèbre aussi par l'apparition de l'Enfant Jésus, qui vint un jour Se mettre entre ses bras.
En 1231, il fut envoyé à Padoue où il poursuivit ses prêches durant le Carême mais il mourut d'épuisement le 13 juin suivant à Arcelle, près de Padoue.
11 Juin, 2008
11 juin- St Barnabé
" L'Apôtre sera glorifié devant Dieu, non parce qu'il a été un Apôtre, mais parce qu'il a bien rempli sa mission apostolique."
Saint Jean Chrysostome. Hom. XXXV, sup Matth.

Bréviaire romain. XVe.
Barnabé veut dire fils de celui qui vient, ou bien fils de consolation, ou fils de prophète, ou fils qui enserre. Quatre fois il a le titre de fils pour quatre sortes de filiation. L'écriture donne ce nom de fils, en raison de la génération, de l’instruction, de l’imitation, et de l’adoption. Or, il fut régénéré par Notre Seigneur Jésus-Christ dans le baptême, il fut instruit dans l’évangile, il imita le Seigneur par son martyre, et il en fut adopté par la récompense céleste. Voilà pour ce qui le regarde lui-même. Voici maintenant ce qui le concerne quant aux autres : il fut arrivant, consolant, prophétisant et enserrant. Il fut arrivant, parce qu'il alla prêcher partout : ceci est clair, puisqu'il fut le compagnon de saint Paul. II consola les pauvres et les affligés, les premiers en leur portant des aumônes, les seconds en leur adressant des lettres de la part des apôtres : Il prophétisa puisqu'il fut illustre en annonçant les choses à venir; il fut enserrant, c'est-à-dire qu'il réunit et rassembla dans la foi une multitude de personnes ; la preuve en est dans sa mission à Antioche. Ces quatre qualités sont indiquées dans le livre des Actes (XI.). C'était un homme, mais un homme de courage, ce qui a trait à la première qualité, bon, c'est pour la seconde, plein du Saint-Esprit, voilà pour la troisième, et fidèle ou plein de foi, ceci regarde la quatrième qualité. Jean le même due Marc son cousin compila son martyre. Il en est question principalement à partir de la vision de ce Jean, jusque vers la fin. On pense que Bède le traduisit du grec en latin.

Bréviaire franciscain. XVe.
La promulgation de l'alliance nouvelle est venue convier tous les peuples à prendre place au banquet du royaume de Dieu ; depuis lors, nous l'avons remarqué, l'Esprit sanctificateur produit les Saints, dans le cours des siècles, à des heures qui correspondent souvent aux desseins les plus profonds de l'éternelle Sagesse sur l'histoire des nations. Nous ne devons pas nous en étonner : les nations chrétiennes ayant comme nations leur rôle assigné dans l'avancement du règne de l'Homme-Dieu, cette vocation leur confère des devoirs et des droits supérieurs à la loi de nature ; l'ordre surnaturel les investit de toutes ses grandeurs, et l'Esprit-Saint préside par ses élus à leur développement comme à leur naissance. C'est à bon droit que nous admirons dans l'histoire cette providence merveilleuse agissant, à leur insu quelquefois, parmi les peuples, dominant par l'influence cachée de la sainteté des petits et des humbles l'action des puissants qui semblent conduire toutes choses au gré de leur seule volonté. Mais, entre les Saints qui nous apparaissent comme le canal des grâces destinées aux nations, il en est que la reconnaissance universelle doit oublier moins que tous les autres : ce sont les Apôtres, placés comme fondement à la base de l'édifice social chrétien (Eph. 11, 20.) dont l'Evangile est la force et la loi première. L'Eglise veille soigneusement à écarter de ses fils le danger d'un oubli si funeste ; aucune saison liturgique n'est privée du souvenir de ces glorieux témoins du Christ.

Guérison de l'infirme de Lystra par saint Barnabé. Bible historiale. Guiard des Moulins. XIVe.
Mais depuis la consommation des mystères du salut, qui livra le monde aux conquêtes de leur zèle, leurs noms se pressent davantage encore sur les fastes sacrés ; chaque mois du Cycle emprunte son éclat, pour une part principale, au triomphe de quelqu'un d'entre eux. Le mois de juin, tout embrasé des feux récents de la Pentecôte, vit l'Esprit-Saint poser les premières assises de l'Eglise sur ses fondements prédestinés ; il méritait l'honneur d'être choisi pour rappeler au monde les grands noms de Pierre et de Paul, qui résument les services et la gloire du collège entier des Apôtres. Pierre proclama l'admission des gentils à la grâce de l'Evangile ; Paul fut déclaré leur Apôtre; mais, avant même d'avoir comme il convient rendu gloire à la puissante principauté de ces deux guides du peuple chrétien, l'hommage des nations s'adresse à bon droit en ce jour au guide de Paul lui-même dans les débuts de son apostolat, au fils de consolation (Act. IV, 36.) qui présenta le converti de Damas à l'Eglise éprouvée parles violences de Saul le persécuteur. Le 29 juin tirera sa splendeur de la confession simultanée des deux princes des Apôtres, unis à la mort comme dans leur vie (Ant. Oct. Ap. ad Bened.). Honneur donc tout d'abord à celui qui noua dans l'origine cette union féconde, en conduisant au chef de l'Eglise naissante le futur docteur de la gentilité (Act. IX, 27.) ! Barnabé se présente à nous comme avant-coureur ; la fête que lui consacre l'Eglise, est le prélude des joies qui nous attendent à la fin de ce mois si riche en lumière et en fruits de sainteté.

Barnabé, lévite, ne en Chypre, et appelé aussi Joseph, fut destiné avec Paul à la prédication de l'Evangile de Jésus-Christ en qualité d'Apôtre des Gentils. Il avait vendu un champ qu'il possédait, et en avait apporté le prix aux Apôtres. Envoyé à Antioche pour y prêcher, il y rencontra un grand nombre de personnes déjà converties à la foi du Seigneur Christ, ce qui lui fut un motif de grande joie, et il multiplia ses exhortations pour les engager à persévérer dans la foi. Sa parole eut un grand succès, parce qu'il était regardé de tous comme un homme bon et rempli du Saint-Esprit.
Il partit de là pour Tarse afin d'y chercher Paul, et vint avec lui à Antioche. Ils passèrent un an avec les fidèles qui composaient l'Eglise de cette ville, s'appliquant à leur inculquer les préceptes de la foi et de la vie chrétienne. Ce fut dans cette même ville que l'on commença à donner le nom de Chrétiens aux adorateurs de Jésus-Christ. Les disciples de Paul et de Barnabé secouraient de leurs aumônes les chrétiens de Judée et faisaient passer leurs largesses par les deux Apôtres. Ayant accompli cet office de charité, Paul et Barnabé revinrent à Antioche avec Jean surnommé Marc, qu'ils s'étaient adjoint.

Martyre de saint Barnabé. Livre d'images de Madame Marie. Hainaut. XIVe.
Pendant que Paul et Barnabé servaient le Seigneur dans l'Eglise d'Antioche, jeûnant et priant avec les autres prophètes et docteurs, le Saint-Esprit dit : Séparez-moi Paul et Barnabé pour l'œuvre à laquelle je les ai destinés. Alors, avec des jeûnes et des prières, on leur imposa les mains et on les laissa partir. Ils allèrent à Séleucie, et de là en Chypre ; ils parcoururent en outre beaucoup de villes et de pays, prêchant l'Evangile avec un grand fruit pour ceux qui les écoutaient. Barnabé se sépara ensuite de Paul avec Jean surnommé Marc, et il revint en Chypre. Ce fut là que, vers la septième année de Néron, le trois des ides de juin, il unit la couronne du martyre à l'honneur de l'apostolat. Son corps fut retrouvé dans l'ile de Chypre sous l'empire de Zenon ; sur sa poitrine était une copie de l'évangile de saint Matthieu écrite de la main de Barnabé lui-même.

Martyre de saint Barnabé. Vies de saints. Maître de Fauvel. XIVe.
Recevez, Ô Barnabé, l'hommage des nations reconnaissantes. Lévite fidèle, vous veilliez près du sanctuaire figuratif des siècles de l'attente, observant l’arrivée du Seigneur Dieu (Levit. VIII, 33.), jusqu'à ce que la véritable arche sainte, l'humanité du Sauveur, ayant paru dans Sion, vous vous rangeâtes près d'elle aussitôt pour la défendre et la servir. Elle venait rallier tous les peuples, leur donner la vraie manne, fonder avec tous un Testament nouveau ; elle demandait aux fils de l'ancienne alliance le sacrifice des privilèges qu'ils avaient eus au temps de l'égarement des nations. Membre de la tribu favorisée entre toutes, vous eûtes promptement fait l'abandon d'un titre périmé ; allant plus loin que le précepte, on vous vit renoncer aux possessions mêmes que vous teniez de votre famille, et vous donner, vous et vos biens, à l'Eglise à peine née, persécutée, méconnue de la synagogue. Aussi l'Esprit-Saint, qu'on ne surpasse jamais en générosité, vous réserva-t-il l'insigne honneur de donner aux nations leur Apôtre. Saul, votre ami, aveuglé par les préjugés de la secte pharisienne, n'avait point suivi votre exemple ; et les fidèles tremblaient à son seul nom, comme à celui du plus fougueux des persécuteurs. Mais votre intercession montait silencieusement pour lui de cette terre, et s'unissait dans le ciel à la prière d'Etienne pour son meurtrier. L'heure de la grâce sonna enfin ; vous fûtes le premier dans Jérusalem à connaître son triomphe, et il ne fallut rien moins que l'autorité de votre témoignage pour faire ouvrir au récent converti les portes de l'assemblée des croyants.
Devenu près de l'Eglise garant du Docteur des nations, il vous appartenait de le conduire en ses premiers travaux. Quelle gloire à vous d'avoir eu Paul pour compagnon ! S'il vous manqua d'avoir été mis au nombre des douze, votre autorité fut bien celle qui se rapprocha le plus de la leur. Délégué par eux à Antioche après le baptême de Cornélius, pour prendre en mains la conduite de l'évangélisation des gentils, vous vous adjoignîtes le nouvel ouvrier ; c'est alors que la parole du salut, passant par vos lèvres, produisit des conversions si nombreuses, qu'on donna pour la première fois aux fidèles le nom de chrétiens, qui les distinguait à la fois des païens et des Juifs. L'émancipation des nations était accomplie ; et Paul, aux yeux de tous et d'après le langage de l'Esprit-Saint lui-même, n'était encore que votre disciple et votre protégé (Act. XI, 30 ; XII, 25 ; XIII, 1.), Aussi l'Esprit voulut-il que l'ordination solennelle qui le constituait Apôtre des gentils, vous fût commune avec lui. Vos voies, inséparables jusque-là et quelque temps encore, n'allaient pas tarder à se diviser pour le bien d'un plus grand nombre d'âmes. L'île de Chypre, fatalement abusée par le démon de la volupté durant les siècles de l'idolâtrie, reçut plus spécialement vos soins apostoliques ; elle vous avait donné le jour : vous lui rendîtes en échange votre sang et vos sueurs, portant partout sur son territoire la sainte et purifiante lumière du Fils de Dieu.

Missel à l'usage de Saint-Didier d'Avignon. XVe.
Mais le feu de la Pentecôte qui brûlait en vous, sollicitait votre âme à des missions plus lointaines. C'est de vous-même qu'il était écrit, en même temps que de Paul :
" Je t'ai établi pour être la lumière des nations et leur salut jusqu'aux extrémités de la terre." (Act. XIII, 47.).
L'Italie entendit votre douce parole qui répandait la joie sainte et la consolation du Paraclet; elle vit ce noble visage, dont la sereine majesté faisait croire aux pauvres païens qu'ils recevaient en votre personne le prince de leurs dieux, caché sous des traits humains (Ibid. XIV, 11.). Bergame, Brescia, d'autres villes encore, Milan surtout, vous honorent comme leur père. Du haut de votre trône d'Apôtre, Ô Barnabé, gardez en elles toujours la foi que vous y avez déposée ; plus heureuses que les cités de l'île de Chypre, elles sont jusqu'ici restées fidèles. Protégez l'Ordre utile à l'Eglise, qui se réclame de votre puissant patronage; que son apostolat continue le vôtre, et mérite jusqu'au dernier jour à ses membres l'estime dont les entourait saint Charles Borromée, votre glorieux successeur sur le siège de Milan. Enfin, Ô père des nations, étendez votre sollicitude à la gentilité entière qui vous fut confiée par l'Esprit-Saint sans distinction de races ou de pays : qu'elle entre toute dans la voie de lumière si bien décrite par la Lettre précieuse qui porte votre nom béni (Ep. cathol. S. Barnab. ap. XIX.) ; qu'elle soit pour Dieu le vrai temple dont celui de Moriah n'était que la figure (Ibid. XVI.).
10 Juin, 2008
Prière à St Yves
" Puissant serviteur de Dieu, vous à qui la voix r du peuple chrétien a décerné le beau nom d'Avocat des pauvres, écoutez l'humble prière des fidèles qui viennent aujourd'hui remettre entre vos mains la cause de leur salut. Vous avez été cher au Christ, " notre Avocat auprès du Père " (I Johan. II, I.), parce que vous avez été comme lui le protecteur du faible contre l'oppresseur (Psalm. LXXI, 12-14.) ; vous avez attiré sur vous les regards miséricordieux de Marie, que la sainte Eglise appelle " notre Avocate " ; plaidez maintenant en notre faveur en présence du fils et de la mère. Votre charité si vive et si agissante ici-bas est plus ardente encore dans les cieux ; nous la réclamons en ce jour où vous avez quitté la terre de l'exil pour la patrie.
Tant de prodiges opérés à votre glorieux tombeau montrent assez que vous êtes demeuré attentif et compatissant aux besoins des habitants de la terre. Nous vous demandons d'élever nos cœurs jusqu'à Jésus ressuscité que vos yeux contemplent maintenant, et vers lequel vous avez constamment aspiré ici-bas. Obtenez que nous soyons affranchis comme vous des convoitises terrestres, et que nous aimions la justice comme vous l'avez aimée.
Inspirez aux magistrats qui recourent à vous le sentiment que vous éprouviez vous-même sur votre tribunal, en pensant à la suprême judicature du Christ qui doit, au dernier jour, reviser toutes les sentences de la terre. Suscitez des défenseurs qui plaident la cause de l'opprimé, non pour un vain renom d'éloquence ou pour un intérêt mondain, mais pour rendre hommage au bon droit. Aimez toujours, Ô grand Yves, la noble terre qui vous a produit pour l'Eglise et pour le ciel.
Jusqu'ici votre protection l'a maintenue catholique et fidèle (rappelons que dom Guéranger écrit au milieu du XIXe siècle...) ; en retour du culte fervent et patriotique dont elle vous honore, demandez au Seigneur qu'il lui conserve la foi, qu'il la préserve de la séduction, qu'il la maintienne ferme et loyale dans un temps où les caractères défaillent parce qu'ils sont moins chrétiens. La Bretagne est demeurée votre héritage ; ne la laissez pas déchoir.
Ainsi soit-il."

Tombeau de saint Yves. Cathédrale de Tréguier.
" Saint-Yves, tant que vous avez vécu parmi nous
Vous avez été l’avocat des pauvres,
Le défenseur des veuves et des orphelins,
La Providence de tous les nécessiteux ;
Écoutez aujourd’hui notre prière.
Obtiens nous d’aimer la justice comme vous l'avez aimée.
Faites que nous sachions défendre nos droits sans porter préjudice aux autres,
En cherchant avant tout la réconciliation et la paix.
Suscitez des défenseurs qui plaident la cause de l’opprimé
Pour que " justice soit rendue dans l’amour ".
Donnez nous un coeur de pauvre, capable de résister à l’attrait des richesses,
Capable de compatir à la misère des autres et de partager.
Vous, le modèle des prêtres, qui parcourais nos campagnes
Bouleversant les foules par le feu de votre parole et le rayonnement de votre vie,
Obtennez à notre pays les prêtres dont il a besoin.
Saint-Yves, priez pour nous,
Et priez pour ceux que nous avons du mal à aimer."
Prière à saint Yves à l'enclos paroissial de Guimillau. Bretagne.
10 Juin, 2008
St Yves de Tréguier
" Prenez bien garde, juges, à ce que vous ferez : car ce n'est pas la justice de l'homme que vous exercez, mais la justice du Seigneur, et tout ce que vous aurez jugé retombera sur vous."
II Par. XIX, 5, 6.

Saint Yves. Roger van der Weyden. Flandres. XVe.
Nous craindrions d'imposer une privation à la piété de nos lecteurs, si nous omettions aujourd'hui la mémoire d'un saint dont le culte n'est que local, il est vrai, mais qui n'en a pas moins été, durant des siècles, l'objet d'une vénération presque universelle. Au reste, la catholique Bretagne, sa patrie, n'a rien perdu du fervent amour qu'elle portait autrefois à son saint Yves ; et cette noble province a bien le droit que l'on recommande ici sa fidélité à ses saintes et antiques traditions. Dans ses églises, l'image patriotique d'un si célèbre patron est entourée d'un culte particulier ; dans ses villes et ses gros bourgs, le nom de saint Yves désigne et consacre toujours quelque rue ou quelque place ; et d'innombrables familles se transmettent, de génération en génération, ce nom béni comme un précieux héritage.

Chapelle de l'hôpital Frémeur. Quimperlé. Diocèse de Quimper. XVIe.
Yves est monté en ce jour vers son Sauveur ressuscité, après l'avoir représenté sur la terre par le sacerdoce dont il fut revêtu, par son zèle pour le salut des âmes, et par son héroïque charité envers les pauvres. Mais ce qui a frappé le plus vivement l'imagination des peuples, c'est le justicier qui rendait ses sentences avec une équité à laquelle nul n'eût osé contredire ; c'est l'avocat qui ne plaida jamais que dans un but charitable ; car saint Yves s'est assis sur le siège du magistrat durant une partie de sa vie, et plus tard on l'a entendu plaider au palais, non seulement dans les villes de la Bretagne, mais au loin, jusque dans Paris. Cette vie étonnante, qui est une merveille du XIIIe siècle et s'achève dans le XIVe, se rehausse encore de l'éclat des miracles, avec un luxe qui est en juste rapport avec la vive foi des Bretons ; et l'on peut affirmer qu'après saint Martin, saint Yves est le thaumaturge de la France.

Saint Yves. Imagerie populaire. XIXe.
Honorons cet homme aux entrailles de miséricorde qui fut le modèle des magistrats, et ne porta jamais une sentence pénale que l'on ne vît des larmes couler de ses yeux, parce qu'il faisait réflexion sur lui-même, et pensait qu'il serait jugé à son tour ; cet homme qui, changeant de rôle, fit si souvent entendre sa voix au palais dans l'intérêt du pauvre et de l'opprimé; vrai gentilhomme breton devenu plus tard, sous la robe du prêtre, l'émule des chevaliers de son sang; cet homme en tin qui voua sa vie et ses forces aux saintes fonctions de curé de campagne, et réalisa l'idéal de ce touchant ministère avec une perfection qui a rendu son nom impérissable. L'amour de la pauvreté et les habitudes de la plus sévère pénitence en firent un personnage tout céleste ; et quand l'heure fut venue, il s'élança vers le souverain bien avec toute l'ardeur de l'exilé auquel il est permis de rentrer dans sa patrie.

Saint Yves. Panneau peint. Cathédrale de Florence. XIVe.
Né le 13 octobre 1253 au manoir de Kermartin, près de Tréguier, Yves Hélory de Kermartin était fils d'Hélorius et d'Hadone, tous deux de race noble. Dès son enfance, il se distingua par sa piété, visitant les églises soir et matin, et se montrant empressé à servir les prêtres et les autels. Sa pieuse mère l'exhortant un jour à tendre à la sainteté, il lui répondit qu'il n'avait pas d'autre désir. En effet, lorsqu'il lui arrivait de lire la Vie des saints, s'il y rencontrait quelque trait de perfection, il s'efforçait de l'imiter autant qu'il lui était possible.
Il fit ses premières études à Paris à partir de 1267, accompagné de son précepteur Jean de Kerhos. Tout en étudiant la dialectique et la théologie, Yves fréquentait les églises parisiennes de Saint-Julien-le-Pauvre et de Saint-Séverin, et se privait volontiers de tout pour venir en aide aux pauvres.

Eglise Saint-Pierre & Saint-Ebons. Sarrancolin. Béarn. XVIe.
En 1277, il se rendit à Orléans pour étudier la jurisprudence sous la direction de Pierre de La Chapelle, depuis évêque de Toulouse puis cardinal (1277), et, muni de tous ses grades, il fut appelé en 1280 par un archidiacre de Rennes pour occuper une charge de conseiller juridique du diocèse. Dans l'exercice de ses charges, Yves abandonnait le tiers de ses droits de chancellerie aux pauvres. Il recueillit deux orphelins dont l'un deviendra dominicain et l'autre gardien de la cathédrale de Tréguier.
Fuyant le vin et la bonne chère, ainsi que tous les plaisirs, il domptait son corps par les austérités, en sorte qu'à cet âge si dangereux de la jeunesse il maintint son âme agréable à Dieu par une entière chasteté.

Saint Yves défendant les pauvres. Isaac Moillon. Collégiale Notre-Dame. Beaune. Bourgogne. XVIIe.
En 1284, l'évêque de Tréguier, Alain de Bruc, le choisit comme official (en ce temps, il suffisait d'être clerc pour pouvoir être official), c'est-à-dire comme juge ecclésiastique, l'ordonna prêtre et lui confia les paroisses de Trédez, près de Lannion, puis de Lohanet, sur la baie de Perros. Son sens de la justice le rendit rapidement populaire, aussi bien auprès des grands que chez les pauvres, car il défendait les uns et les autres avec une parfaite impartialité. Il s'employait aussi à apaiser les querelles et parvenait à éviter bien des procès.
Il est peu connu que saint Yves exerça sa charge tant au tribunal ecclésiastique que civil, et avec la même et inébranlable intégrité.
Il vécut de la manière la plus frugale et la plus austère, vêtu d'un habit grossier qui couvrait un cilice. Son sommeil était court ; il le prenait sur la terre nue ou sur des morceaux de bois étendus à terre, avant pour chevet une Bible, ou d'autres fois une pierre. Il se levait à minuit pour réciter l'Office divin, célébrait la Messe chaque jour, à moins qu'il n'en tût empêché par de très graves affaires ou par la nécessite. Il portait dans cette sainte action au plus haut degré la pureté de conscience et la ferveur de l'esprit. Un jour, au moment où il élevait la sainte hostie afin que le peuple l'adorât, chacun la vit entourée d'un cercle de feu qui répandait une admirable splendeur.

Saint Yves plaidant. Legenda aurea. Bx. J. de Voragine. XVe.
Son attrait pour l'oraison et la contemplation était si grand, que souvent il lui fit oublier de prendre sa nourriture. On le vit quelquefois passer la semaine entière dans sa chambre, fixe dans une oraison continuelle. Son oraison jaculatoire favorite était :
" Jésus, Fils de Dieu ; Seigneur, créez en moi un coeur pur."
Sa libéralité envers les pauvres, son hospitalité à l'égard des étrangers, sa compassion pour les malades, étaient merveilleuses ; il servait chacun avec tout l'empressement de son âme. Il vouait tous ses efforts et consacrait son patronage à secourir les orphelins et les veuves dans leurs nécessités, et souvent il plaidait leurs causes dans les tribunaux, en sorte qu'on l'appelait volontiers le père et l'avocat des pauvres. Non seulement il annonçait avec assiduité la parole de Dieu dans son église ; mais il prêchait encore dans les paroisses environnantes.
Un jour qu'il s'était mis en route pour remplir cette fonction, il trouva tout couvert d'eau un pont sur lequel il avait coutume de passer la rivière. Il fit le signe de la croix sur les eaux, qui s'écartèrent aussitôt pour le laisser passer, et revinrent dès qu il eut traversé le pont.
Saint Yves était doué " d'un extérieur avantageux et d'une haute taille ; son air était imposant ; le feux qui brillait dans ses yeux marquait la pureté de son âme et de son corps, et prévenait l'auditoire en sa faveur."

En 1298, il abandonna sa charge d'official et se retira au manoir de Kermartin qui l'avait vu naître. Il s'y fit construire une chapelle et se consacra à la prière jusqu'à sa mort, le 19 mai 1303.
Peu de jours avant son départ pour le ciel, il se trouvait au château de Coatredan, chez Typhaine de Pestivien, dame de Kéraurais :
" Depuis quelque temps, dit-il à la pieuse femme, je me sens très affaibli ; je m'attends à mourir sous peu, et je m'en réjouis fort, si c'est le bon plaisir de Dieu.
- Ne dites pas cela, s'écria la noble châtelaine ; quel malheur pour moi et pour tant d'autres qui tirons un si grand profit de vos exemples et de vos enseignements !
- Vous vous réjouiriez, répondit le saint Recteur, si vous aviez terrassé votre ennemi ; laissez-moi donc me réjouir de mon trépas ; car j'ai la confiance d'avoir, par la grâce de Dieu, vaincu mon adversaire."

Saint Yves. Imagerie populaire. XIXe.
Tel fut dans toute sa vie cet homme simple et fort, au milieu d'une population digne de le comprendre. Mais non seulement il commandait aux hommes ; la nature elle-même obéissait à sa voix. Son procès de canonisation, ouvert en 1330, fut conclu en 1347 sous le pontificat de Clément VI ; et, lorsque les prélats commis par le Souverain Pontife pour instruire la cause de sa canonisation, eurent à présenter dans le consistoire le résultat de leur enquête sur les lieux, ils déclarèrent que, sur le nombre des miracles avérés qu'ils avaient à constater, ils s'étaient contentés d'en recueillir cent dont ils apportaient les procès-verbaux.
Son corps fut transporté à la cathédrale de Tréguier, où Jean V, duc de Bretagne, lui fit élever un tombeau magnifique. Les miracles se multipliant bientôt sur son tombeau, celui-ci ne tarda pas à devenir un lieu de pèlerinage.

Cathédrale Saint-Yves. Tréguier. Trégor. Bretagne.
CULTE
Son culte, resté très vivace en Bretagne, s'est répandu dans toute l'Europe, jusqu'à Rome où une église lui est consacrée, en Espagne, en Allemagne, et aux Pays-Bas.
Saint Yves est l'un des patrons des marins, mais c'est surtout le patron des juristes, des magistrats, avocats, avoués et des professeurs de droit.
Au cours de l'hiver 1794, le bataillon des " volontaires d'Étampes ", composé des bêtes féroces révolutionnaires, mit à sac tous les monuments religieux de la ville de Tréguier : ainsi disparurent presque tout le mobilier, la statuaire, l'orfèvrerie, les vitraux et surtout la presque totalité des reliques.

Saint Yves-de-Vérité. Imagerie populaire. XIXe.
La cathédrale servit d'écurie et fut tellement saccagée, abîmée, vandalisée et dégradée qu'elle ne put servir au culte de l'Être suprême, lequel, pour mémoire et pour souligner qu'il y a mille manières d'adorer Satan, s'opposait au culte de la Raison instauré par Chaumette en 1793.
Tréguier fut ruinée par la perte de son statut, au point qu'avant la Révolution, elle était plus peuplée que Saint-Brieuc et que de nos jours elle est douze fois moins peuplée.
REPRESENTATIONS
L'iconographie de saint Yves, postérieure à sa canonisation, ne s'épanouit guère avant le XVe siècle.
Yves apparaît en robe de docteur en droit ou d'avocat, coiffé d'une barrette (bonnet carré). Il tient à la main le rouleau de parchemin, ou une sacoche contenant une bible ou des rôles de procès. Il est représenté isolément (statue, XVe siècle, cathédrale de Barcelone ; statue, XVIe siècle, église Saint-Jean à Chaumont, Haute-Marne ; statue, XVIe siècle, Sainte-Chapelle de la collégiale Notre-Dame à Dôle, Jura).

Vitrail provenant de la chapelle du château de La Meilleraye-de-Bretagne. XVIe.
Un second type, très répandu, présente saint Yves rendant la justice, debout ou assis, entre deux plaideurs : l'un est riche et l'autre pauvre (vitrail, église de Moncontour, XVIe siècle). Parfois le saint avocat a, d'un côté, une veuve qui l'implore, de l'autre, un riche bourgeois qui lui tend une bourse ; il se penche vers la veuve et sa juste cause et tourne le dos à l'argent. Souvent, il est entouré de pauvres, il leur donne conseils et aumônes, il mange avec eux et une colombe descend du ciel et vient planer au-dessus de sa tête.

Le saint crâne de saint Yves, vénéré et exposé une fois l'an en la cathédrale de Tréguier.
De nombreuses églises de Bretagne ont conservé de très belles statues populaires de saint Yves.
Les attributs de saint Yves sont la robe d'avocat, la barrette et la sacoche.
Le pélerinage de Tréguier a rassemblé près de 20 000 personnes le dimanche 18 mai 2003 pour célébrer le 700e anniversaire de la mort de saint Yves.
La restauration de l'église Saint-Yves-des-Bretons (Sant'Ivo dei Bretoni) à Rome. Bien avant le rattachement de la Bretagne à la France, qui date du mariage de Louis XI avec Anne de Bretagne, une bulle du Pape Callixte III, en 1455, attribue l'église Sant'Andrea dei Mormorariis, construite au XIIe siècle, aux Bretons de Rome. En 1875, l'église, trop délabrée, est démolie et rebâtie dans un style néo-renaissance florentine élégant et pur. Elle vient de faire l'objet d'une restauration avec l'aide des Bretons.

Eglise Saint-Yves-des-Bretons. Université pontificale de La Sapienza. Ch. Borromini. Rome.
10 Juin, 2008
Apparitions de ND Ã Fatima
" Voulez-vous vous offrir à Dieu pour supporter toutes les souffrances qu'Il voudra vous envoyer, en acte de réparation pour les péchés par lesquels Il est offensé, et de supplication pour la conversion des pécheurs ?
- Oui, nous voulons.
- Vous aurez alors beaucoup à souffrir, mais la grâce de Dieu sera votre réconfort."
Notre Dame aux trois voyants à Fatima, le 13 mai 1917.

Statue de Notre Dame de Fatima au Carmel de Coïmbra dans lequel soeur Lucia Dos Santos, la voyante privilégiée des apparitions, fit profession religieuse.
Nous ne donnerons pas de notice complète des apparitions de Notre Dame à Fatima.
Le récit fidèle de celles-ci, ainsi qu'une foule d'informations supplémentaires, se trouve reproduit sur l'excellent site Notre Dame de Fatima.
Nous signalons néanmoins que nous ne saurions partager la ligne éditoriale de ce site, laquelle soutient, contre tout bon sens, que l'abbé Joseph Ratzinger est le pape de l'Eglise catholique.
Relativement au fait que les usurpateurs qui pontifient à Rome aient publié en l'an 2000 un message censé être le 3e secret (lequel devait être révélé au monde en 1960), une part importante des observateurs de cette question déterminante au plan eschatologique n'hésit pas à dire que ce " 3e secret " est un faux, une forgerie, qui oscille entre le cynisme et la farce.

Les trois petits enfants à l'époque des apparitions : Jacynthe, François et Lucie.
Entre autres, par exemple, un (vrai) prêtre conciliaire, spécialiste reconnu de Notre Dame et de son culte, l'abbé René Laurentin, a émis de sérieux doutes quant à l'authenticité de ce " 3e secret ".
Mais sur le sujet, on lira surtout l'excellent livre de monsieur Laurent Morlier " Le troisième secret de Fatima publié par le Vatican le 26 juin 2000 est un faux. En voici les preuves..." aux éditions DFT (BP 28, 35 370 , Argentré-du-Plessis).
Sur ce lien, l'auteur - qu'il en soit remercié par nos humbles mais ferventes prières pour lui à Notre Dame de Fatima -, met d'ailleurs gracieusement son livre à la disposition du lecteur sur le site Notre Dame Fatima.

LE MIRACLE DU SOLEIL
Le lecteur ne sait peut-être pas que Notre Dame avait annoncé qu'elle intercéderait auprès de la Très Saine Trinité pour qu'un miracle ait lieu et puisse aider leurs témoins à croire.
Ce miracle eut lieu le samedi 13 octobre 1917 : le soleil dansa dans le ciel devant une foule de 50 000 à 60 000 personnes !

Ce 13 octobre, malgré la pluie, la foule était au nombre de 50 000 à 60 000 personnes ! Certains étaient venu de très loin pour assister à l'Apparition promise. Parmi cette masse, des incroyants étaient eux aussi là, prêt à intervenir dans le cas où il ne se passerait pas le miracle annoncé par Notre-Dame, les mois précédents.
Pour la première fois, la mère de Lucie pensa au drame qui pourrait survenir si le miracle du Ciel ne se produirait pas, tandis que les parents de François et de Jacinthe, eux, avaient une grande confiance sur les promesses de la Sainte Vierge ; quant aux enfants, ils ne se troublaient pas du tout devant une si imposante foule.
Pour réciter le chapelet, la foule ferma les parapluies, bien qu'il pleuvait à cet instant, et, dans la boue, les fidèles s'agenouillèrent.
Il était déjà 13h30 et certains incroyants commençaient à exciter les gens à cause que le miracle était annoncé pour midi.
Pourtant, la Sainte Vierge était à l'heure ! En effet, le gouvernement de l'époque, en pleine première guerre mondiale, avait imposé au pays une heure légale qui avançait de 90 minutes sur l'heure solaire ; mais le Ciel n'a que faire de l'heure des hommes !...

A l'heure du soleil, ou plutôt devrait-on dire à l'heure de Dieu, il était bien midi et, regardant du côté du Levant, la petite Lucie vit la lumière qui précèdait chaque Apparition ; et, en effet, Notre-Dame apparut du dessus du chêne-vert. S'adressant à Lucie, Elle lui dit :
" Je veux te dire que l'on fasse ici une chapelle en mon honneur. Je suis Notre-Dame du Rosaire. Que l'on continue toujours à réciter le chapelet tous les jours. La guerre va finir et les militaires rentreront bientôt chez eux."
Là encore, de nombreuses demandes de guérison étaient demandé à Notre-Dame.
" Les uns guérirons, les autres non, car il faut qu'ils se corrigent, qu'ils demandent pardon de leurs péchés. [et prenant un air plus triste] : Il faut cesser d'offenser davantage Dieu Notre Seigneur, car Il est déjà trop offensé."
Pendant qu'Elle s'entretenait avec la petite voyante, la foule vit par trois fois se former autour du chêne une nuée, qui, ensuite, s'éleva dans l'air pour finalement disparaître.
Pendant que Notre-Dame s'élevait, le reflet de la lumière qui se dégageait d'Elle se projeta sur le soleil. C'est à ce moment que la foule put contempler la danse du soleil : la pluie cessa soudainement et les nuages se dispersèrent brusquement, laissant apparaître un ciel clair.

La foule put alors regarder directement le soleil sans risque de se brûler les yeux ni sans être aucunement incommodé. Il y avait un grand silence.
L'astre se mit à trembler avec des mouvements brusques, puis il tourna sur lui-même à une vitesse vertigineuse, en lançant des gerbes de lumière de toutes les couleurs de l'arc-en-ciel. Il semblait s'approcher de la terre, au point que la foule s'en inquiéta. En effet, le soleil, conservant son mouvement rapide de rotation, paraissait brusquement se détacher du ciel et avancer en zigzaguant sur la foule. Ce fut un instant si terrible que plusieurs personnes s'évanouirent, mais finalement il s'arrêta au grand soulagement de tous.
À la stupéfaction générale, la foule put constater que leurs vêtements, trempés par la pluie quelques minutes auparavant, étaient complètement secs !
Cette danse du soleil put être observé jusqu'à plusieurs kilomètres de Fatima.
Pendant les dix minutes où la foule contemplait ce miracle cosmique, les trois petits voyants purent admirer, en plein ciel, trois tableaux successifs :
- LA VISION DE LA SAINTE FAMILLE : À coté du soleil apparut saint Joseph avec l'Enfant-Jésus et Notre-Dame, vêtue de blanc avec un manteau bleu. Saint Joseph et l'Enfant-Jésus semblait bénir le monde, avec des gestes qu'ils faisaient de la main, en forme de Croix.
- LA VISION DE NOTRE-DAME DES 7 DOULEURS : après la première vision ci-dessus, les enfants virent Notre Seigneur Jésus-Christ et Notre-Dame des 7 Douleurs. Notre Seigneur semblait bénir le monde.
- LA VISION DE NOTRE-DAME DU MONT-CARMEL : dans cette dernière vision, Notre-Dame apparut seule sous l'aspect de Notre-Dame du Carmel.

Lucie seule vit la seconde et la dernière vision, tandis que François et Jacinthe n'eurent le privilège de n'apercevoir que la vision de la Sainte Famille.
Ce fut la dernière fois que Notre-Dame apparut à la Cova da Iria, laissant les preuves irréfutables de Son existence. Bien sur, cet événement parut dans la presse.
Dans son cahier de souvenirs, soeur Lucie (alors soeur Marie de Jésus) avait ajouté des remarques qui s'adressent à nous tous :
" En cette apparition, les paroles qui restèrent le plus profondément ancrées dans mon coeur furent celles par lesquelles notre sainte Mère du Ciel suppliait les hommes de ne plus peiner Notre Seigneur trop offensé.
Quelle amoureuse plainte elles contiennent et quelle supplication ! Oh ! que je voudrais qu'elles résonnent dans le monde entier et que tous les enfants de la Mère céleste écoutent sa voix ! "
A un autre endroit, elle nous dit que lorsqu'elle parlait de cette dernière visite céleste avec ses cousins, ils ne pouvaient retenir leurs larmes en se rappelant la tristesse du visage de l'apparition quand elle avait prononcé ces paroles.

Notre Dame du Mont-Carmel. Eglise abbatiale Saint-Oyend aujourd'hui cathédrale Saint-Pierre & Saint-Paul de Saint-Claude. Jura. France-Comté. XVIIe.
PRIERES. DEVOTION À NOTRE-DAME DE FATIMA
- " Mon Dieu, je crois, j'adore, j'espère et je Vous aime. Je Vous demande pardon pour ceux qui ne croient pas, qui n'espèrent pas, qui ne Vous aiment pas."
- " Très Sainte Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit, je Vous adore profondément, et je Vous offre le très précieux Corps, Sang, Âme et Divinité de Jésus-Christ, présent dans tous les tabernacles de la terre, en réparation des outrages, sacrilèges et indifférences par lesquels il est Lui-même offensé. Par les mérites infinis de son très Saint Coeur et du Coeur Immaculé de Marie, je Vous demande la conversion des pauvres pécheurs."
- Paroles de Notre-Dame, le 13 juillet 1917, à Fatima :
" Sacrifiez-vous pour les pécheurs, et dites souvent à Jésus, spécialement lorsque vous ferez un sacrifice :
" Ô Jésus, c'est par amour pour vous, pour la conversion des pécheurs, et en réparation des péchés commis contre le Coeur Immaculé de Marie."

L'Immaculée Conception. Carlo Crivelli. XVe.
- " Ô mon Jésus, pardonnez-nous,
Sauvez-nous du feu de l'enfer ;
Attirez au Ciel toutes les âmes,
Surtout celles qui en ont le plus besoin."
La version habituellement adoptée pour la récitation du chapelet en commun est substantiellement exacte :
" Ô mon Jésus, pardonnez-nous nos péchés,
préservez-nous du feu de l'enfer,
et conduisez au Ciel toutes les âmes,
surtout celles qui ont le plus besoin de votre miséricorde."
- Prière que chantonnait Jacinthe en gardant ses brebis ou en cueillant des fleurs :
" Doux Coeur de Marie, soyez mon salut ;
Doux Coeur de Jésus, soyez mon amour ;
Coeur Immaculé de Marie, convertissez les pécheurs ;
Préservez leurs âmes de l'enfer."

- Consécration au Coeur Immaculé de Marie :
" Ô Vierge Marie, Mère de Dieu et notre Mère, je me consacre à votre Coeur Immaculé pour être pleinement offerts et consacrés au Seigneur.
Veuillez s'il vous plaît me prendre sous votre protection maternelle ; défendez-moi contre les dangers, aidez-moi à vaincre les tentations, à fuir les péchés, et veillez je vous en conjure sur la pureté de mon corps et de mon âme. Que votre Coeur Immaculé soit mon refuge et le chemin qui conduit jusqu'à Dieu.
Donnez-moi la grâce de prier et de me sacrifier par amour pour Jésus, pour la conversion des pécheurs et en réparation des péchés commis contre votre Coeur Immaculé.
En me confiant à Vous et en union avec le Coeur de votre divin Fils, je veux vivre pour la Très Sainte Trinité en qui je crois, que j'adore, que j'espère et que j'aime.
Ainsi soit-il."

- Prière à Notre Dame du Mont-Carmel (apparition du 13 octobre 1917) :
" Vierge bénie, Ô pleine de grâces, ô Reine des Saints, combien il m'est doux de vous vénérer sous ce titre de Notre-Dame du Mont-Carmel ! Ce nom me rappelle d'abord les temps du prophète Elie, lorsque vous apparûtes sur le Carmel sous la figure d'une petite nuée qui alla grandissant au point de se changer en une pluie bienfaisante, symbole des grâces sanctifiantes qui nous viennent de vous. Ce nom me rappelle aussi ce jour du 13 octobre 1917 où, pendant les dix minutes où la foule contemplait le miracle cosmique à Fatima, les trois petits voyants purent admirer, en plein ciel, votre sainte image.
Déjà dès les temps apostoliques vous avez été honorée sous ce titre mystérieux, et maintenant nous nous réjouissons à la pensée de nous unir à vos premiers serviteurs, avec eux nous vous saluons en vous disant : " Ô beauté du Carmel, gloire du Liban, lis très pur, rose mystique du jardin de l'Église !"
Cependant, Ô Vierge des vierges, souvenez-vous de ma misère et montrez-vous ma mère. Répandez en moi toujours plus vive la lumière de cette foi qui vous a rendue bienheureuse, enflammez-moi de ce céleste amour avec lequel vous aimiez votre Fils, Jésus-Christ. Voici que rempli de misères spirituelles et temporelles, pressé de toutes parts par les douleurs du corps et de l'âme, je me réfugie comme votre enfant à l'ombre de votre protection maternelle.
Mère de Dieu, qui avez tant de pouvoir et d'empire, obtenez-moi de votre Fils béni les dons célestes : l'humilité, la chasteté, la douceur qui furent la plus belle parure de votre âme immaculée. Obtenez-moi la force dans les tentations et les peines qui souvent me travaillent. Et lorsque s'achèvera, selon la volonté de Dieu, la journée de mon pèlerinage sur cette terre, faites qu'à mon âme soit accordée, par les mérites du Christ et par votre intercession, la gloire du paradis.
Ainsi soit-il."
10 Juin, 2008
St Simon Stock
" Que chacun de vous rende service aux autres, selon le don qu'il a reçu, comme de fidèles dispensateurs des grâces que Dieu vous a accordées de tant de manières."

Saint Simon de Stock intercédant pour les âmes du purgatoire. Corrado Giaquetti. XVIIIe.
Anglais d'origine, saint Simon de Stock naquit d'une très illustre famille du Kent dont son père était gouverneur. Lorsqu'elle le portait, sa mère le consacra à la Sainte Vierge. On le voyait souvent tressaillir entre les bras de sa mère lorqu'elle prononçait le doux nom de Marie. Pour apaiser ses cris et ses pleurs, il suffisait de lui présenter une image de la très Sainte Vierge Marie. Il n'avait pas encore un an qu'on l'entendit plusieurs fois articuler distinctement la salutation angélique. Cette dévotion précoce ne peut provenir que d'un mouvement extraordinaire de l'Esprit-Saint.
A douze ans, Simon se retira au désert dans le creux d'un arbre, d'où ne lui vient pas le surnom de Stock comme l'on prétendu certains (Stock signifie en effet " tronc " en langue anglaise) ; Tous les documents de l'histoire d'Angleterre attestent en effet que Stock était bien son vrai nom de famille. Sa nourriture consistait en herbes crues, quelques racines et pommes sauvages, un peu d'eau claire lui servait de breuvage. Son habit se composait de ronces et de chardons qu'il serrait étroitement sur sa chair nue.
Renchérissant sur ces mortifications volontaires, il se frappait avec des fouets garnis d'épines très piquantes. Bien que le tronc d'arbre où il avait élu domicile ne lui offrait pas la liberté de s'étendre pour dormir, il prenait son bref repos dans ce gîte précaire. Au sein de cette retraite sauvage, ses prières montaient sans interruption vers le ciel. Saint Simon Stock passa vingt ans dans la plus entière solitude, nourrissant son âme des célestes délices de la contemplation.

Jacques Van Oost. Eglise Saint-André. Lille. Flandres. XVIIe.
S'étant privé volontairement de la conversation des hommes, il jouissait de celle de la Très Sainte Vierge Marie et des anges qui l'exhortaient à persévérer dans sa vie de renoncement et d'amour. La Reine du Ciel l'avertit qu'il verrait bientôt débarquer en Angleterre des ermites de la Palestine. Elle ajouta qu'il devait s'associer à ces hommes qu'Elle considérait comme Ses serviteurs.
En effet, Jean lord Vesoy et Richard lord Gray de Codnor revinrent de Terre Sainte, ramenant en effet avec eux quelques ermites du Mont-Carmel. Docile aux directives de la Mère de Dieu, saint Simon Stock se joignit à ces Pères, en 1212.
Élu vicaire général de l'Ordre des Carmes en 1215, le Saint travailla de toutes ses forces à obtenir de Rome la confirmation de son Ordre pour l'Occident. Il ne manquait pas d'adversaires pour en empêcher l'extension en Europe. Mais Simon Stock supplia la Vierge Marie par d'instantes prières et beaucoup de larmes de défendre Elle-même cet Ordre qui Lui était consacré. Apparaissant en songe au pape Honorius III, la Mère de Dieu lui fit connaître Ses volontés, et en 1226, ce pape confirma la Règle des Carmes.
La Mère de miséricorde apparut un jour à Son serviteur, toute éclatante de lumière et accompagnée d'un grand nombre d'esprits bienheureux, Elle lui remit un scapulaire en disant :
" Reçois Mon fils ce scapulaire, comme le signe d'une étroite alliance avec Moi. Je te le donne pour habit de ton ordre ; ce sera pour toi et pour tous les Carmes un excellent privilège et celui qui le portera ne souffrira jamais l'embrasement éternel. C'est la marque du salut dans les dangers et de l'heureuse possession de la vie qui n'aura jamais de fin."
La dévotion au scapulaire de Notre-Dame du Mont-Carmel se répandit non seulement parmi le peuple, mais aussi parmi les rois et les princes qui se trouvèrent fort honorés de porter cette marque des serviteurs de la Très Sainte Vierge.

Notre Dame donnant le Rosaire à saint Dominique et le Scapulaire
à saint Simon de Stock. Eglise Saint-Pierre-et-Saint-Paul (ancien
couvent des Cordeliers). Lons-le-Saulnier. Jura. XVIIIe.
Saint Simon Stock, présent au concile général de Lyon tenu sous le règne du pape Innocent IV, y prononça un éloquent discours contre les divisions qui agitaient alors l'Église. Il mourut dans la vingtième année de son généralat et la centième de son âge, après avoir laissé d'admirables exemples de vertu. La mort le cueillit dans la ville de Bordeaux, alors qu'il visitait ses monastères. L'Église ajouta ses dernières paroles à la salutation angélique :
" Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous pécheurs, maintenant et à l'heure de notre mort."
10 Juin, 2008
Ste Jeanne d'Arc
" En Nom Dieu ! Les hommes d'armes batailleront, et Messire Dieu leur donnera la victoire !"
Sainte Jeanne d'Arc à Poitiers. Mars 1430.

Sainte Jeanne d'Arc au couronnement de Charles VII. Ingres. XIXe.
Sainte Jeanne d'Arc montre une fois de plus, et d'une manière particulièrement éclatante, deux choses : combien Dieu aime la France et comme il est vrai qu'Il Se plaît à choisir les plus faibles instruments pour l'accomplissement des plus grandes choses.
A ce sujet, l'humble copiste d'Hodie Mecum souhaite faire une mise au point.
Bien des partis, des courants, des pseudos monarchistes même, tous prétendument amoureux de la France et de la patrie, réclament pour eux la mémoire et l'exemple de notre Sainte, recourent à son intercession par d'étranges et bien peu orthodoxes prières poétiques, analogiques ou métaphoriques, au gré de leurs intérêts immédiats, et surtout de la captation de l'attention de braves gens généreux mais égarés dans des " actions " politiques vaines et dont l'issue est toujours, oui toujours ! perdue !

Charles VII. Jean Fouquet. XVe.
Depuis plus de 300 ans environ, c'est-à-dire, depuis que Louis XIV et ses successeurs, de suspectes mémoires au moins à ce titre, refusèrent d'arborer et de brandir fièrement sur les étendards francs, le Sacré-Coeur de Notre Seigneur Jésus-Christ (que nous fêtons d'ailleurs aujourd'hui), Souverain-Prêtre et Souverain-Roi et Souverain-Maître de la France - demande présentée par Notre Seigneur Jésus-Christ Soi-même par l'intermédiaire de sainte Marguerite-Marie Alacoque -, ces faux dévôts de sainte Jeanne d'Arc toujours édulcorent et jettent un voile sur quelqu'aspect de la vie de la sainte, sur le surnaturel divin qui éclate magnifiquement à tous les moments de cette épopée catholique et française.
Tronquée par eux, dissimulée, quand ce n'est pas habilement ridiculisée, la geste chrétienne et toute miraculeuse de notre petite et sainte bergère, devient un récit fastidieux, incompréhensible, légendaire, incertain.

Vision de saint Michel Archange par sainte Jeanne d'Arc. E. Thirion, XIXe.
Nous donnons quelques ressources bibliographiques, à la fin de cette trop courte notice, qui sont à consulter en priorité. Elles n'ont rien à voir avec les élucubrations nationalistes, matérialistes, modernistes et libérales qui pullulent depuis un siècle-et-demi, et qui ne sauraient bien entendu satisfaire toute âme authentiquement chrétienne, toute personne, française ou non, authentiquement attachée à la France et à sa mission élective et particulière dans l'histoire.
Nous allons rappeler le contexte historique dans lequel " Monseigneur Dieu " sucita une nouvelle fois une humble bergère pour, entre autres vérités, rappeler à la France, au Français et à leur roi que c'est du sacre que procède la légitimité du pouvoir et non pas du sang, de la dynastie ou encore de l'élection ; laquelle peut certes désigner légitimement le prince, mais en aucun cas lui donner légitimement le pouvoir :
" Messire Dieu premier servi !"

Statue de sainte Jeanne d'Arc. Paris.
De très anciens commentateurs, français et étrangers, et après eux toute la tradition la plus orthodoxe et irréprochable, appelèrent le sacre des rois de France le " huitième sacrement ". Cette appellation, par extension et par licence certes, fut employée pour marquer la singularité de ce sacre par rapport à tous les autres sacres de rois chrétiens. Seul le roi de France en effet, est le Lieutenant - le Tenant lieu - de Dieu sur terre. L'élection divine du roi des Francs est un pacte que Dieu engage avec le roi des Francs pour autant que ce roi se conforme à Sa volonté.
C'est en ce sens, et en ce sens seul, que la France, sous le seigneurage de son roi très Chrétien, dument sacré selon les formules essentielles exactes et exhaustives du sacre que saint Remi institua sous la dictée du Saint-Esprit et administra à Clovis, est universelle.
Est-il besoin de dire que l'universalisme maçonnique, républicain et révolutionnaire est l'universalisme du démon !?

Sainte Jeanne d'Arc au siège d'Orléans. Jules Eugène Lenepveu. XIXe.
A l'époque où paru notre Sainte, des guerres cruelles désolaient le royaume de France. Une rivalité, dégénérant souvent en inimitié, s'était établie entre l'Angleterre et la France, depuis que les Français d'Anjou, sous Henri Plantagenêt, étaient devenus maîtres de l'Angleterre.
Ce qui envenima ce mal, ce fut surtout la postérité de Philippe Le Bel. Ce roi qui le premier et le plus violemment revendiqua l'autonomie du pouvoir temporel contre la souveraineté de Notre Seigneur Jésus-Christ, avait marié sa fille Isabelle à Edouard II, roi d'Angleterre. Leur fils, La postérité masculine de Philippe Le Bel s'étant éteinte - qui ne voit pas en cela que Dieu, très mécontent des outrages des quatre derniers capétiens directs, voulu changer de lignée en établissant les Valois ? -, Edouard III revendiqua indument le royaume du chef de sa mère.

Ce ne sont plus hélas les Français qui sont les plus fervents dévôts de leur immense sainte, quant il ne la ridiculisent pas... Dieu merci, les Ecossais, en vertu de la " Vieille alliance ", palient cette sombre et tragique décadence. Plaque commémorative de la bataille de Patay.
A la tête d'une puissante armée et d'une flotte nombreuse, deux fois il débarqua sur le sol français : la première en 1346 et la seconde en 1355. Les Français perdirent la bataille de Poitiers en 1356, le roi Jean II fut fait prisonnier, et Calais se rendit à Edouard. Charles V lui reprit à peu près toute ses conquêtes ; mais après sa mort, survenue le 16 septembre 1380, les ducs d'Anjou, de Berri et de Bourgogne, se disputèrent le gouvernement de leur neveu, le jeune roi Charles VI, et du royaume.
Charles VI tomba hélas en démence. Passagère et par crise au début, elle devint bien vite invalidante. Le duc de Bourgogne fit assassiner le frère du roi, le duc d'Orléans. La guerre civile éclata entre les Bourguignons et les Armagnacs. Charles VI - fut-ce pendant une crise ou un répit ? - donna sa fille Catherine en mariage au roi d'Angleterre Henri V, et le déclara régent du royaume et héritier de la couronne de France, à l'exclusion de toute autre personne de la famille royale, son fils compris (!?) le 21 mai 1420.

A la mort de Charles VI, dont les circonstances sont suspectes, le 22 octobre 1421, Henri de Lancastre fut donc proclamé roi d'Angleterre et de France. Son oncle et tuteur, le duc de Bedford, fut nommé régent.
De son côté, Charles VII, déshérité par son père, s'était retiré à Bourges et avait été reconnu par une minorité significative des grands du royaume, mais faible en moyens et en hommes.
Les partisans du roi se battirent, se battirent bien même, mais ils n'essuyèrent que des échecs.
Le duc de Bedford voulut alors pousser son avantage est porter ses conquêtes au-delà de la Loire. Il mit donc le siège devant la ville-clef qu'était Orléans, bientôt réduite à l'estrémité.
Charles VII, apprenant la situation, impuissant à secourir la ville, envisagea sérieusement, et fit commencer des préparatifs, de s'enfuir en Espagne ou en Ecosse.
Avait-il oublié que " c'est le sacre qui fait le roi " ? Avait-il oublié les promesses du dit sacre ? Toujours est-il que Dieu intervint tout puissamment et lui envoya l'humble mais Ô combien décisif secours : sainte Jeanne d'Arc !

Manuscrit français du XVe.
Sainte Jeanne d'Arc naquit à Domremy, dans la Lorraine actuelle, le 6 janvier 1412 ; ses parents, Jacques d'Arc et Isabelle Romée, qui avaient aussi trois fils et une autre fille, étaient des cultivateurs faisant valoir leur petit bien. La première parole que lui apprit sa mère fut le nom de Jésus ; toute sa science se résuma dans le Pater, l'Ave, le Credo et les éléments essentiels de la religion. Elle approchait souvent du tribunal de la pénitence et de la Sainte Communion ; tous les témoignages contemporains s'accordent à dire qu'elle était " une bonne fille, aimant et craignant Dieu, priant beaucoup Jésus et Marie.
Son curé put dire d'elle :
" Je n'ai jamais vu de meilleure chrétienne, et il n'y a pas sa pareille dans toute la paroisse."

Saint Michel apparaît à la sainte bergère. Gravure d'après dessin. XXe.
La France était alors à la merci des Anglais et des Bourguignons, leurs alliés ; la situation du roi Charles VII était, nous l'avons vu, désespérée. A vue humaine, tout était perdu ! " Mais Dieu Se souvint de Son peuple ", et afin que l'on vît d'une manière évidente que le salut venait de Lui seul, Il Se servit de l'humble fille des champs, de l'humble bergère.

Départ de Vaucouleurs. Scherrer. XIXe.
Sainte Jeanne avait treize ans quand l'Archange saint Michel lui apparut une première fois, vers midi, dans le jardin de son père, lui donna des conseils pour sa conduite et lui déclara que Dieu voulait sauver la France par elle. Les visions se multiplièrent ; l'Archange protecteur de la France était accompagné de sainte Catherine et de sainte Marguerite, que Dieu donnait à Jeanne comme conseillères et comme soutien.
Jusqu'ici la vie de Jeanne est l'idylle d'une pieuse bergère ; elle va devenir l'épopée d'une guerrière vaillante et inspirée ; elle avait seize ans quand le roi Charles VII, convaincu de sa mission par des signes miraculeux, lui remit la conduite de ses armées. Bientôt Orléans fut délivrée ; de défaite en défaite, supérieurs en nombre et en force, les Anglais tremblèrent bientôt à la simple évocation de la jeune fille, et bien des batailles remportées n'en furent point, faute de combattant...

Entrée dans Orléans. Scherrer. XIXe.
Quelques mois plus tard, et en cela, et en cela seul, consistait la mission terrestre que Dieu avait confié à sainte Jeanne d'Arc, le roi était sacré à Reims et devenait ainsi pleinement Charles VII, roi de France. Cela est si vrai que jamais avant le sacre, sainte Jeanne d'Arc ne l'appela autrement que " Gentil dauphin ".
C'est le sacre chrétien qui fait le roi de France ! Le sacre seul ! Pas la volonté d'un seul ! Pas la volonté du plus grand nombre ! Pas la volonté de tous ! La désignation d'une ou de plusieurs personnes n'est pas la dévolution de la légitimité de l'exercice du seigneurage de la France " En Nom Dieu " !

Le lecteur voudra bien pardonner la chaleur du propos, mais le très humble copiste qui rédige ces lignes chercha des années durant, trop longtemps et en vain, dans le maquis des modernes et autres faux dévôts de la Sainte, la signification précise et exacte de cette geste toute divine et toute humaine à la fois, pour n'être pas quelque peu vif depuis que " Monseigneur Dieu " lui fit la grâce de le mettre enfin en connaissance de la simple et exacte mission de sainte Jeanne d'Arc.

Jeanne d'Arc conduite devant ses juges. Vigiles de Charles VII. XVe.
Ce n'est pas le lieu ici de relater le détail, très bien connu et rapporté par le postulateur de la cause de notre sainte, le père Jean-Baptiste Ayroles s.j., de la vie de sainte Jeanne d'Arc. Le lecteur se reportera aux indications bibliographiques données à la fin de cette notice.

Sainte Jeanne d'Arc interrogée par le cardinal de Winchester. P. Delaroche. XIXe.
Rappelons néanmoins que, dans les vues divines, la vie de Jeanne devait être couronnée par l'apothéose du martyre : elle fut trahie à Compiègne, vendue aux Anglais, et après un long emprisonnement, où elle subit tous les outrages, condamnée et brûlée à Rouen, le 30 mai 1431. Son âme s'échappa de son corps sous la forme d'une colombe, et son coeur ne fut pas touché par les flammes.

Sainte Jeanne d'Arc communie avant d'aller au martyre. Image pieuse du XIXe.
L'Église a réhabilité sa mémoire et l'a élevée au rang des Saintes. Sainte Jeanne d'Arc demeure la gloire de la France, sa Protectrice puissante et bien-aimée. Elle a été déclarée sa Patronne secondaire par un Bref du Pape Pie XI, le 2 mars 1922.

Image pieuse du XXe.
10 Juin, 2008
7 juin - St Mériadec
" Vir Justus exilium non timet, sed exilium ibi esse putat, ubi virtuti non sit locus."
" L'homme juste ne craint point l'exil, et il n'appelle terre d'exil que celle où il n'y a point de place pour la vertu."
Ciceron, Orat. 38, pro Milone.

Statue de saint Mériadec. Chapelle Saint-Rivalain. Melrand. Bretagne.
Sa mémoire est encore très vivace. L'église du XVIe siècle à Plougasnou possède un reliquaire contenant ce qui pourrait bien être une partie du crâne de Meriadec. A Stival, on conserve ce qui serait sa cloche. Placée sur la tête des sourds et de ceux qui souffrent de la migraine, on dit qu'elle les soignerait.

Chapelle Saint-Mériadec. Stival. Bretagne.
Meriadec était de la race royale des Conan-Mériadec, du nom du premier qui porta le nom de roi de Bretagne ? Dès l'enfance, il avait une gravité de conduite et de tenue qui pouvait laisser prévoir quelle serait un jour sa ssainteté. Son coeur était toute charité. Les maux des autres le touchaient plus que les siens. Avant de devenir ermite, il donna tout son argent à de pauvres clercs, distribua ses terres aux nécessiteux. Sa réputation de sainteté devint si grande qu'il craignit tomber dans la vanité, et se retira plus loin encore du monde. Au lieu de la soie et de la pourpre qu'il portait autrefois, Meriadec se mit à porter des loques, mangeant simplement, vivant dans une totale pauvreté.

La " cloche de saint Mériadec ". Conservée à Stival, elle guérit les sourd et les mal-entendants.
Lorsque ses proches tentèrent de le faire quitter cette nouvelle vie et de revenir dans le monde, il répondit au vicomte de Rohan qui était venu avec eux qu'il ferait mieux de s'occuper de chasser les voleurs et les bandits des environs. Le vicomte le prit au mot, et un grand mal fut chassé hors de Bretagne.
Bien que Meriadec fut unanimement élu évêque de Vannes, Gueganton, évêque de son clergé l'avaiyt agrégé à son clergé malgré ses fortes résistances, il accepta difficilement son épiscopat. Il fallut le conduire de force à Vannes Après sa consécration, il continua à mener une vie d'abstinence et d'amour pour les pauvres. Il mourrut en embrassant ses frères, et criant : " Entre Tes mains, Seigneur, je remet mon esprit."
Il se fit sur la tombe de saint Mériadec et par l'intercession de ce saint en général un nombre considérable de miracle. On peut dire que l'éclat de sa sainteté est plus connue des Bretons que les détails de son existence.

Eglise Saint--Mériadec à Mériadec. Bretagne
10 Juin, 2008
10 juin- Ste Marguerite d'Ecosse
" Elle a amassé un riche trésor d'aumônes et de bonnes oeuvres."
Act., IX, 36.

Sainte Marguerite d'Ecosse. Vitrail de la chapelle du chateau d'Edimbourg.
Quand sainte Marguerite vint au monde, en 1045 ou 1046, sa famille était exilée ; son grand-père, Edmond Côte-de-Fer, avait été assassiné en 1016 et le roi de Danernark, Canut, était monté sur le trône d'Angleterre ; les fils d'Edmond avaient été envoyés en Suède, puis en Hongrie, où l'un d'eux, Édouard, épousa Agathe, soeur de la reine ; c'est de cette union que naquit Marguerite. Après la mort de Canut, Édouard était revenu en Angleterre, en 1054. Marguerite avait donc 8 ou 9 ans quand elle connut sa patrie ; elle ne devait pas y rester longtemps car, à la mort de son grand oncle, saint Édouard, en 1066, les vicissitudes recommencèrent. La lutte entre Harold et Guillaume de Normandie obligea Edgard, frère de Marguerite, à s'enfuir en Écosse avec sa mère et ses soeurs, leur père étant mort quelques années plus tôt.
Ils furent, reçus avec bienveillance par le roi Malcolm III qui, peu de temps après, demanda la main de Marguerite; le mariage fut célébré, probablement en 1070, à Dunfermline. Marguerite mit au monde 6 princes, Édouard, Etheired, Edmond, Edgard, Alexandre et David, et 2 princesses, Edith et Marie. Tous se firent remarquer par leur vertu : le titre de saint fut décerné à David par le peuple ; Edith, devenue reine d'Angleterre, est connue sous le nom de sainte Mathilde.
Le roi, dont les moeurs étaient encore un peu rudes, n'avait pourtant aucune inclination mauvaise ; ne connaissant pas les lettres, bien qu'il parlât 3 langues, il caressait et baisait les livres dont Marguerite se servait plus volontiers pour prier ou pour lire. Il écoutait ses conseils pour établir les lois du rovaunue et la laissa réunir plusieurs Conciles.
Elle-même y assista et discuta pendant 3 jours pour amener les Écossais aux pratiques de l'Église de Rome dans certaines matières disciplinaires : la communion pascale et le repos du dimanche avaient été négligés ; la célébration de la Messe était accompagnée de rites païens ou profanes ; les mariages entre proches parents n'étaient pas rares. Marguerite fit cesser ces abus ; elle obtint aussi que le Carême commençât au mercredi des Cendres.
De concert avec son mari, elle fit construire, en l'honneur de la Sainte Trinité, une église qu'elle orna de vases sacrés en or massif. Sa chambre était comme un atelier, toujours remplie d'ornements en voie d'exécution. Ses soins ne regardaient pas seulement les églises ; elle fit venir de l'étranger des vêtements plus variés et plus riches, fit embellir le palais et voulut que le roi fût toujours accompagné d'une garde d'honneur. Son humilité restait pourtant profonde ; elle demandait qu'on lui fît savoir ce qui était répréhensible dans ses actes ou ses paroles, pour s'en corriger plus facilement.

Saint Malcolm III et sainte Marguerite. Manuscrit Ecossais du XIVe.
On se demande comment ses journées et surtout ses nuits suffisaient à tout ce que les historiens racontent. Le soir, après avoir pris un peu de repos, elle se levait pour prier ; elle récitait alors les matines de la Sainte Trinité, celles de la Croix, de la Sainte Vierge, l'office des Morts, un Psautier entier, et les laudes ; rentrée chez elle au matin, elle lavait les pieds de 6 pauvres et servait 9 orphelins ; elle se reposait à nouveau, puis, aidée du roi, elle servait 300 pauvres ; personne n'assistait à cette oeuvre de charité, sauf quelques chapelains ; elle entendait ensuite 5 ou 6 messes privées avant la Messe solennelle. Tel était le programme de l'Avent et du Carême. Le reste de l'année, ces exercices se réduisaient, mais les pauvres n'étaient jamais négligés ; elle en servait toujours 24 avant son déjeuner ; elle se dépouillait pour eux et, lorsque sa bourse était vide, elle prenait au roi quelques pièces d'or ; mais il ne s'en fâchait pas.
Elle racheta aussi des prisonniers Anglais retenus en Écosse, et fit construire des hospices pour les voyageurs. On ne signale pas de miracles ; on raconte seulement qu'un jour, au passage d'un torrent, un serviteur laissa tomber, sans que personne s'en aperçût, un livre d'Evangiles qui lui était précieux : on le retrouva, longtemps après, intact.
Marguerite connut sa mort à l'avance et fit une confession de toute sa vie.
Son mari était alors parti en expédition contre Guillaume le Roux ; le 13 novembre, elle dit qu'un grand malheur était arrivé au royaume d'Écosse ; on apprit, en effet, que le roi avait été tué ce jour-là, en même temps que son fils aîné. Ses derniers moments étant arrivés, Marguerite se leva pour assister à la Messe et recevoir le viatique, puis se recoucha ; elle se fit apporter une croix qu'elle vénérait beaucoup et la baisa. Comme un de ses fils, sans doute Edgard, hésitait à lui annoncer la mort du roi, elle dit qu'elle savait tout, et rendit grâces de ce qu'elle considérait comme la punition de ses péchés. Elle avait commencé la prière " Domine Jesu Christe, fili Dei vivi..." , lorsqu'elle s'arrêta après les mots " libera me " ; le Seigneur l'avait exaucée. C'était le 16 novembre 1093. Son visage, qui avait pâli auparavant, reprit sa couleur naturelle. Marguerite fut ensevelie dans l'église de la Sainte-Trinité, à Dunfermline, où le corps de Malcolm fut apporté plus tard.
CULTE
Quand on fit la translation de ses restes, les porteurs, arrivés près du tombeau de Malcolm, ne purent plus avancer, dit-on, tant la charge était lourde ; il fallut transporter également les restes de Malcolm ; c'était le 19 juin 1250. La fête fut d'abord fixée à cette date, puis mise au 10 juin. Innocent XI la transféra au 8 juillet, et Innocent XII, en 1693, la rétablit au 10 juin et l'étendit à l'Église Romaine. Cette date du 10 juin est due à une erreur du cardinal Molanus, docte éditeur du Martyrologe d'Usuard, mort en 1585. Les martyrologes se partageaient entre le 16 novembre et le 19 juin. Sainte Marguerite avait été nommée patronne de l'Écosse, en 1673, par Clément X.
Au moment de la prétendue réforme Protestante, les reliques furent enlevées secrètement et la plus grande partie fut envoyée en Espagne ; Philippe II fit construire une chapelle dans l'Escurial pour les recevoir ; on lisait sur la châsse : " Saint Malcolm, roi, sainte Marguerite, reine " . Il paraît que, l'évêque d'Edimbourg ayant fait demander par Pie IX la restitution de ces reliques à l'Écosse, on ne les trouva pas. Le chef de la sainte avait été donné à Marie Stuart ; il fut sauvé par un bénédictin qui le porta à Anvers en 1597 ; il fut donné en 1627 aux Jésuites écossais de Douai et disparut pendant la Révolution française.
19 Juil, 2007
19 juillet - St Vincent de Paul
" L'oraison est l'âme de la dévotion : vous vous plaignez d'être aride, aimez et vous serez bientôt fervent ; l'oraison est laplus excellente occupation de l'âme ; quand on y cherche Dieu, on ne se rassasie point de le faire."
Esprit de saint Vincent de Paul.

Ce Saint, dont le nom est devenu synonyme de charité, est l'une des plus pures gloires de la France et de l'humanité tout entière. Il naquit à Pouy (aujourd'hui Saint-Vincent-de-Paul), près de Dax, le 24 août 1576. Ses parents faisaient valoir une petite ferme et vivaient du travail de leurs mains. Les premières années de Vincent se passèrent à la garde des troupeaux. Un jour qu'il avait ramassé jusqu'à trente sous, somme considérable pour lui, il la donna au malheureux qui lui parut le plus délaissé. Quand ses parents l'envoyaient au moulin, s'il rencontrait des pauvres sur sa route, il ouvrait le sac de farine et leur en donnait à discrétion.

Son père, témoin de sa charité et devinant sa rare intelligence, résolut de s'imposer les plus durs sacrifices pour le faire étudier et le pousser au sacerdoce : " Il sera bon prêtre, disait-il, car il a le coeur tendre." A vingt ans, il étudie la théologie à Toulouse et reçoit bientôt le grade de docteur.
Un an après son ordination au sacerdoce, il se rend à Marseille pour recueillir un legs que lui a laissé un de ses amis. Au retour, voyageant par mer pour se rendre à Narbonne, il est pris par des pirates et emmené captif en Afrique. Sa captivité, d'abord très dure et accompagnée de fortes épreuves pour sa foi, se termina par la conversion de son maître, qui lui rendit la liberté. C'est alors que Vincent va se trouver dans sa voie.

Les circonstances le font nommer aumônier général des galères, et il se dévoue au salut de ces malheureux criminels avec une charité couronnée des plus grands succès. La Providence semble le conduire partout où il y a des plaies de l'humanité à guérir.

Saint Vincent de Paul présente les Filles de la Charité à la reine, Anne d'Autriche.
A une époque où la famine et les misères de toutes sortes exercent les plus affreux ravages, il fait des prodiges de dévouement ; des sommes incalculables passent par ses mains dans le sein des pauvres, il sauve à lui seul des villes et des provinces entières. Ne pouvant se multiplier, il fonde, en divers lieux, des Confréries de Dames de la Charité, qui se transforment bientôt dans cette institution immortelle et incomparable des Filles de la Charité, plus connues sous le nom des Soeurs de Saint-Vincent-de-Paul. Nulle misère ne le laisse insensible ; il trouve le moyen de ramasser lui-même et de protéger partout des multitudes d'enfants, fruits du libertinage, exposés à l'abandon et à la mort, et mérite le nom de Père des enfants trouvés.
On se souvient de la réponse cinglante de saint Vincent de Paul au cardinal Mazarin qui se moquait de son saint dévouement aux pauvres :
" Les pauvres sont notre plus grand trésor ! Les pauvres sont nos maîtres !"
Le roi Louis XIII, à l'agonie, expirera dans les bras de notre saint.

Verrière représentant Louis XIII à l'agonie avec saint Vincent de Paul à son chevet. Eglise Saint-Séverin. Paris.
Il a formé des légions d'anges de charité ; mais il lui faut des légions d'apôtres, et il fonde les Prêtres de la Mission, destinés à évangéliser la France et même les peuples infidèles.
Son corps intact est conservé dans la chapelle des Lazaristes, au 95 de la rue de Sèvres à Paris.

Corps de saint Vincent de Paul. Chapelle des Lazaristes. Paris.
19 Juil, 2007
17 juillet - St Alexis
" La croix sur laquelle le monde est crucifié, c'est la pauvreté d'esprit, elle a quatre bras, savoir : le mépris de la gloire, des richesses, de la patrie et de la famille."
Saint Bonaventure.

Saint Alexis de Rome
Saint Alexis fut un rare modèle de mépris du monde. Fils unique d'un des plus illustres sénateurs de Rome nommé Euphémien, il reçut une éducation brillante et soignée.
L'exemple de ses parents apprit au jeune Alexis que le meilleur usage des richesses consistait à les partager avec les pauvres. Cédant aux désirs de sa famille, le jeune Alexis dut choisir une épouse. Mais le jour même de ses noces, se sentant pénétré du désir d'être uniquement à Dieu et de L'aimer sans partage, il résolut de s'enfuir secrètement, s'embarqua sur un vaisseau qui se dirigeait vers Laodicée, et gagna la ville d'Edesse.
Là, distribuant aux indigents tout ce qui lui restait d'argent, il se mit à mendier son pain. Il passait la plus grande partie de son temps à prier sous le portail du sanctuaire de Notre-Dame d'Edesse, devant une image de la Vierge. Après dix-sept années passées dans l'abjection et l'oubli le plus total, il plut à Marie de glorifier son serviteur par un éclatant miracle. Un jour, comme le trésorier de l'église passait sous le porche, l'image de Notre-Dame s'illumina d'une clarté soudaine. Frappé de ce merveilleux spectacle, le trésorier se prosterna devant la Madone. La Très Sainte Vierge lui montra Alexis et lui dit :
" Allez préparer à ce pauvre un logement convenable. Je ne puis souffrir qu'un de mes serviteurs aussi dévoué soit délaissé de la sorte."
La nouvelle de cette révélation se répandit aussitôt dans la ville. L'humilité du Saint s'alarma devant les témoignages de vénération dont il était devenu subitement l'objet. Il quitta donc la ville d'Edesse pour se rendre à Tarse, mais une tempête poussa l'embarquation sur les rivages d'Italie. L'Esprit-Saint lui inspira l'idée de retourner à Rome, sa ville natale, et de mendier une petite place dans la maison paternelle. A la requête de l'humble pèlerin, le sénateur Euphémien consentit à le laisser habiter sous l'escalier d'entrée de son palais, lui demandant, en reconnaissance de ce bienfait, de prier pour le retour de son fils disparu.

Saint Alexis sous son escalier. Legenda aurea. J. de Voragine. XIVe.
Saint Alexis vécut inconnu, pauvre et méprisé, à l'endroit même où il avait été entouré de tant d'estime et d'honneurs. Tous les jours, il voyait couler les larmes du vieux patricien, il entendait les soupirs d'une mère inconsolable et entrevoyait cette noble fiancée dont la beauté s'était empreinte d'une indicible tristesse. Malgré ce déchirant spectacle, saint Alexis eut le courage surhumain de garder son secret et de renouveler perpétuellement son sacrifice à Dieu.
Ce Saint, plus qu'admirable, demeura dix-sept nouvelles années dans le plus complet oubli, vivant caché sous les marches de cet escalier que tous gravissaient pour entrer dans une maison qui était la sienne, en sorte qu'il semblait foulé aux pieds de tous. Avec une humilité consommée, il subit sans jamais se plaindre, les odieux procédés et les persécutions des valets qui l'avaient servi autrefois avec tant de respect et d'égards. Saint Alexis passa donc trente-quatre ans dans une âpre et héroïque lutte contre lui-même. Ce temps écoulé, Dieu ordonna à Son serviteur d'écrire son nom et de rédiger l'histoire de sa vie. Alexis comprit qu'il allait mourir bientôt, et obéit promptement.

Saint Alexis mort chez ses parents. Vie de saints. Maître de Fauvel. XIVe.
Le dimanche suivant, au moment où le pape Innocent Ier célébrait la messe dans la basilique St-Pierre de Rome, en présence de l'empereur Honorius, tout le peuple entendit une voix mystérieuse qui partait du sanctuaire :
" Cherchez l'homme de Dieu, dit la voix, il priera pour Rome, et le Seigneur lui sera propice. Du reste, il doit mourir vendredi prochain."
Durant cinq jours, tous les habitants de la ville s'épuisèrent en vaines recherches. Le vendredi suivant, dans la même basilique, la même voix se fit entendre de nouveau au peuple assemblé :
" Le Saint est dans la maison du sénateur Euphémien."
On y courut, et on trouva le pauvre pèlerin, qui venait de mourir. Quand le Pape eu fait donner lecture du parchemin que le mort tenait en sa main, ce ne fut de toutes parts, dans Rome, qu'un cri d'admiration. Innocent Ier ordonna d'exposer le corps de saint Alexis à la basilique St-Pierre, pendant sept jours. Ses funérailles eurent lieu au milieu d'un immense concours de peuple.

Funérailles de st Alexis. Vie de saints. V. de Beauvais. J. de Vignay. XVe.
Son corps repose toujours dans l'église Saint-Boniface à Rome. La maison du sénateur Euphémien son père, sur le mont Aventin, fut transformée en église dédiée à saint Alexis. On y montre encore quelques degrés de l'escalier sous lequel notre saint passa les dernières années de sa vie.

Escalier de saint Alexis. Eglise Saint-Alexis. Rome.
Publiée en 1889 par Arthur Amiot, universitaire à l'Ecole pratique des hautes études, on peut consulter sur le lien suivant la légende syriaque de saint Alexis, l'homme de Dieu. Le manuscrit date du début du VIe siècle et est conservé à Londres et à Paris :
http://www.moinillon.net/public/PDF/Alexis-ss_syriaque.pdf
19 Juil, 2007
14 juillet - St bonaventure (2)
- Saint Bonaventure, de l'ordre des Frères mineurs, cardinal-évêque d'Albano, docteur de l'Eglise. 1274.
Les ouvrages de saint Bonaventure ont été recueillis et imprimés pour la première fois à Rome, sur l'ordre de Sixte V et par les soins de Buonafocco Farnara, franciscain (1588-1596, 7 vol. in-fol.). C'est sur cette édition qu'a été faite celle de Lyon, 1668 (7 vol. in-fol.). Autres éditions : Mayence, 1609 (7 vol. in-fol.) ; Venise, 1751-1756 (14 vol. in-quart.) ; Paris, 1863-1872 (14 vol. gr. in-oct.) ; Florence, 1884, nouvelle édition publiée par les franciscains.
Saint Bonaventure. Eglise de Bagnoreggio, ville natale de notre saint.
Les Oeuvres spirituelles ont été traduites par le P. Berthomier (Paris, 1855, 6 vol. in-oct.). Parmi les reproductions partielles et les traductions on peut aussi placer l'ouvrage suivant : Alix, Théologie séraphique, extraite et traduite des oeuvres de saint Bonaventure (Paris, 1853-1856, 2 vol.). Dans l'ordre de l'édition de Lyon, les oeuvres de saint Bonaventure comprennent Méditations, expositions et sermons (3 vol.) ; Commentaires sur les Sentences de Pierre Lombard (2 vol.) ; traités divers, opuscules et hymnes (2 vol.) : en totalité, quatre-vingt-huit ouvrages.
L'authenticité de quelques-uns des écrits qui lui sont attribués, est fortement contestée, et tout particulièrement celle du Psautier de la sainte Vierge. La Somme théologique qui porte son nom a été composée par le P. Trigose, capucin (2e édition, Lyon. 1616).
Quoique les franciscains aient toujours grandement prisé l'honneur de posséder le Docteur Séraphique, la doctrine caractéristique de leur ordre procède, non de Bonaventure, mais de Duns Scot, qui représente une méthode et une tendance fort différentes.
Bonaventure visait à l'édification infiniment plus qu'aux subtilités de la scolastique ; et son oeuvre tient une place beaucoup plus grande dans l'histoire des développements de la dévotion et du culte que dans celle des disputations théologiques.
Reprenant la tradition de l'école de Saint-Victor, qui s'était efforcée d'unir à l'explication dialectique de la doctrine ce qui sert à la piété et conduit à la contemplation, et de tenir le milieu entre une spéculation sans onction et sans chaleur, et une mysticité sans lumière, il joignit à l'emploi. de la scolastique dans l'étude de la théologie celui du mysticisme, dans un but d'édification.
II fit de la théologie une " scientia affectiva ", constituant une sorte de mysticisme à la fois pratique et spéculatif. Pour lui, le but suprême, c'est l'union avec Dieu dans la contemplation et dans un intense et absorbant amour. Ce but ne peut être complètement atteint dans cette vie ; mais il doit former la souveraine espérance de l'avenir, et il faut que tout y tende.
Saint Bonaventure part de ce principe, qu'on ne peut parvenir à la complète intelligence des choses divines au moyen du raisonnement et des définitions : ce qui la donne, c'est la lumière surnaturelle qu'un cour pur obtient par une foi profonde, une pieuse contemplation et l'exercice des vertus chrétiennes. Des idées mystiques et ascétiques forment le fond de la plupart de ses écrits. 
Saint Bonaventure. Pierre-Paul Rubens. XVIIe.
A la théologie scolastique appartiennent les Commentaires sur le Maître des sentences et un court traité, Breviloquium ; son Centiloquium, ainsi dénommé a cause des cent chapitres dont il se compose, est un manuel pour les commençants.
L'exposé systématique de ses conceptions est présenté sommairement dans la Reductio artium ad theologiam.
Pour revenir à Dieu, dont il a été séparé par la chute, l'humain doit franchir quatre degrés :
- au premier, il est éclairé par la lumière extérieure, d'où viennent les arts mécaniques ;
- au second, par la lumière inférieure, celle des sens, qui procure les notions expérimentales ;
- au troisième, par la lumière intérieure, celle de la raison, qui, par le moyen de la réflexion, élève l'âme jusqu'aux choses intelligibles ;
- au quatrième par la lumière supérieure, qui ne vient que de la grâce et qui seule révèle les vérités qui sanctifient.
La raison naturelle, en commençant par l'observation empirique et en s'élevant de plus en plus par le raisonnement, peut parvenir jusqu'aux limites extrêmes de la nature créée ; mais, pour atteindre aux réalités surnaturelles, elle n'a d'autre guide que la foi.
C'est ainsi que toutes les sciences sont ramenées à la théologie, qui est leur couronnement. Il y a donc deux domaines, celui de la philosophie et celui de la foi. La philosophie ne donne pas la certitude ; la foi seule peut la procurer ; et, même dans l'ordre naturel, une assertion secundum pietatem est tenue par saint Bonaventure pour plus certaine que celle qui est présentée au nom de la science.
Dans son Commentaire sur les quatre livres des Sentences et dans quelques autres de ses traités, Bonaventure expose et défend amplement les doctrines et les institutions du Moyen âge, et tout particulièrement les plus récentes : transsubstantiation, communion sous une seule espèce, et il fait l'apologie du célibat des prêtres et de la vie monastique, qu'il considérait comme le plus sûr moyen de grâce.
Enthousiaste de la virginité, qu'il estimait une sorte de vertu théologale, il avait voué à Marie une très profonde dévotion, et il contribua puissamment à développer ce culte.
Dans un chapitre général tenu à Pavie, il ordonna aux religieux de saint François d'exhorter le peuple à adresser à la sainte Vierge une prière, au son de la cloche du soir (Angelus).
Les principaux de ses ouvrages mystiques sont l'Itinerarium mentis ad Deum et le traité De septem gradibus contenplationis. Il y décrit, d'après Richard de Saint-Victor, le chemin qu'il faut suivre pour connaître Dieu dans la pureté de son essence et arriver au point suprême de l'intelligence, où, délivré de toute image et de toute notion, l'humain sort de lui-même pour ne plus voir que Dieu et le posséder dans l'extase d'une sainte contemplation.
En dédiant à une religieuse de sainte Claire ses Méditations sur le vie de Jésus-Christ, Bonaventure lui écrivait : " Je vous raconterai les actions de Notre Seigneur Jésus-Christ, de la manière dont on peut se les représenter par l'imagination ; car rien n'empêche de méditer ainsi, même l'Ecriture sainte ".
En effet, il y a énormément d'imagination dans les Méditations, ainsi que dans la Biblia pauperum, et dans la plupart des ouvrages d'édification de Bonaventure.
Non seulement il appliquait aux textes authentiques un système appuyé d'interprétation allégorique, permettant d'y trouver tout ce qu'il y mettait ; mais beaucoup des faits qu'il cite ne sont ni dans l'Ancien ni dans le Nouveau Testament, repris souvent dans les apocryphes, dans la tradition et les légendes ; peut-être même quelques-uns dans les visions de ses extases.
Suivant le même goût, sont choisis ses titres imagés : Carquois, Arbre de vie, Couronne de Marie, Miroir de la sainte Vierge, Diète du salut, les Six ailes des Chérubins, les Six ailes des Séraphins, les Vingt pas des novices, Aiguillon de l'amour divin. C'est par là surtout qu'il a fait école dans la littérature dévote. Il mit en vers les sentences des quatre livres de Pierre Lombard ; on lui attribue la prose Lauda, Sion, Salvatorem.
En philosophie, il professe l'existence des universaux ante rem, suivant la formule platonicienne : idées que Dieu avait produites d'abord dans son intelligence, comme des types d'après lesquels les diverses choses ont été créées. Il tient la matière pour une pure potentialité, qui ne reçoit son existence propre que de la puissance formative de Dieu; elle ne peut être considérée séparément de la forme. L'individuation résulte de l'union de la forme et de la matière.
A noter que St Bonaventure est le St patron des tisserands, et qu'il était de coutume ce jour-là de fleurir chaque métier-à-tisser en son honneur.
19 Juil, 2007
14 juillet - St Bonaventure

Saint Bonaventure d'après son vrai visage ; constaté lors d'une exposition de son corps conservé intact.
" Le Seigneur lui a ouvert la bouche au milieu de l'Eglise, et il l'a rempli de l'esprit de sagesse et d'intelligence."
Eccli. XV, 5.
" Où l'intelligence ne pénètre pas, le sentiment va."
Saint Bonaventure.

Bagnoreggio. Ville qui vit naître saint Bonaventure.
Giovanni di Fidanza, évêque et docteur de l'église (le docteur séraphique), est né en 1221 à Bagnorea (Toscane)près d'Ovieto. Il avait reçu au baptême le nom de Jean ; mais à l'âge de quatre ans, il tomba si dangereusement malade que les médecins désespéraient de sa guérison ; sa mère le recommanda aux prières de François d'Assise, promettant, s'il guérissait, de le mettre au nombre des religieux que ce saint dirigeait. François pria pour l'enfant et le voyant guéri, il s'écria : O Buona ventura !

Guérison de Jean de Fidenza par saint François d'Assise. Francesco de Herrera. 1628.
De là, le nom qui remplaça celui de Jean de Fidanza, On s'appliqua à entretenir en lui le souvenir de cette guérison et de la promesse qui l'avait précédée. En 1243, à l'âge de vingt-deux ans, il entra dans l'ordre des frères mineurs, autant pour répondre à l'appel de Notre Seigneur que pour accomplir le voeu de sa mère.

Entrée de saint Bonaventure dans l'Ordre franciscain. F. de Herrera. XVIIe.
Il fut envoyé étudier à Paris, où les franciscains occupaient une des douze chaires de la faculté de théologie ; il y eut pour maître Alexandre de Hales, surnommé " Doctor irrefragabilis " et " Fons vitae " (mort en 1245). Ce maître, admirant l'innocence des moeurs de son élève, disait : " Il semble que le péché d'Adam n'a point passé dans Bonaventure ".
Jean de Rochelle remplaça Alexandre et lui-même fut remplacé par Bonaventure (1253). Trois ans auparavant, celui-ci avait déjà obtenu la permission de faire des leçons sur les Sentences de Pierre Lombard. C'est en 1254 qu'il fut reçu docteur.

St Bonaventure recevant la communion des mains d'un ange. F. de Herrera. XVIIe.
Bonaventure enseigna la philosophie et la théologie avec un succès égal a celui du dominicain saint Thomas d'Aquin. Il faut noter que quoique appartenant à des ordres rivaux et suivant des méthodes différentes, ces deux docteurs étaient unis par une amitié qu'aucun dissentiment ne troubla jamais.
Leurs succès et la prétention des ordres auxquels ils appartenaient de refuser, à raison de leurs privilèges, de se soumettre aux statuts de l'Université, émurent les professeurs séculiers. Guillaume de Saint-Amour attaqua l'institution même des ordres mendiants dans plusieurs traités, dont le plus important, " De periculis novissorum temporum ", composé en 1256, signale avec habileté et avec vigueur les dangers et les abus résultant de cette institution, qu'il ne nomme pourtant pas. Saint Thomas d'Aquin et saint Bonaventure répondirent ; la réponse de ce dernier est contenue dans les traités " Libellus apologeticus in eos qui ordini fratrum minorum adversantur et De paupertate Christi, adversus magis trum Guillelmum ".
Saint Bonaventure se signala aussi, et entre autres, par un combat aussi érudit qu'acharné, et toujours victorieux, contre les Avéroïstes et les Talmudistes.

Saint Bonaventure. Vittore Crivelli. XIVe.
En cette même année, saint Bonaventure, qui n'était encore âgé que de trente-cinq ans, fut élu général de son ordre en remplacement de Jean de Parme, qui l'avait désigné pour son successeur. S'empressant de tenir compte de quelques-uns des reproches de Guillaume de Saint-Amour, il écrivit à tous les supérieurs des franciscains (23 avril 1257), pour réclamer le retour à la règle, et ordonner de réprimer la cupidité, l'oisiveté et le vagabondage qu'on imputait aux frères ; dans une autre lettre, il réprimandait les religieux, à cause de leurs empiétements sur les droits des prêtres séculiers et de leurs obsessions auprès des malades pour obtenir des legs.
Cependant, malgré son mysticisme, il fut le constant adversaire de la tendance des franciscains dits spirituels. A l'égard d'une autre tendance fort différente, il convient de noter que ce fut sur ses ordres qu'on empêcha Roger Bacon de donner des leçons à Oxford et qu'on le mit en surveillance à Paris.
En 1263, Bonaventure sollicita sans succès Urbain IV de décharger les franciscains de la direction des religieuses de sainte Claire, en souvenance, dit-on, de ces paroles de saint François d'Assise : " Dieu nous a ôté les femmes, mais j'appréhende fort que le diable ne nous ait donné des soeurs pour nous tourmenter ".
Nommé archevêque d'York par Clément IV, il obtint de lui la permission de ne pas accepter cet office. Après la mort de ce pape (1268), le siège apostolique resta vacant pendant près de trois ans, les cardinaux ne pouvant s'accorder sur l'élection de son successeur. On rapporte qu'en fin ils s'engagèrent à nommer celui que saint Bonaventure désigrerait. Il désigna Thibaud Visconti, archidiacre de Liège, qui était alors en terre sainte et qui prit le nom de Grégoire X.
En 1273, ce pape lui imposa l'évêché d'Albano et, peu après, le nomma cardinal prêtre. A cette occasion, les envoyés du pape lui signifiant son élévation le trouvèrent, lui, général de l'Ordre, occupé, avec plusieurs frères, à laver la vaisselle.

Saint Bonaventure au concile de Lyon. Ecole flamande. XIVe.
En 1274, il fut envoyé comme légat au concile de Lyon ; il y prêcha la seconde et la troisième session ; mais il mourut trois jours avant la fin du concile. On lui fit des funérailles magnifiques, auxquelles tous les membres du concile, le pape lui-même et des rois assistèrent.
Son oraison funèbre fut prononcée par Pierre de Tarentaise, évêque d'Ostie. Dante l'avait placé dans le paradis ; Sixte IV le canonisa en 1482 ; Sixte V, en 1587, le mit, sixième en rang, au nombre des docteurs de l'Eglise, et lui confirma le titre de " Doctor Seraphicus ", le plaçant ainsi au-dessus de saint Thomas d'Aquin, qui n'était que " Doctor Angelicus ". Ce pape était franciscain lui-même.

Exposition du corps intact de saint Bonaventure au XVIIe. F. de Zurbaran. XVIIe.
Oeuvres spirituelles de saint Bonaventure :
- http://www.abbaye-saint-benoit.ch/saints/bonaventure ;
- http://www.jesusmarie.com/bonaventure.html.
